La guerre de cent ans
21 Septembre 2026
La guerre de Cent Ans aura duré cent seize ans
La guerre entre les Anglais et les Francs débuta en 1337 et la fin des hostilités intervint en 1453, la paix elle, ne sera signée qu'en 1475.
Contexte
L'Occident traverse une crise économique et démographique. Pour pallier cette situation, une réforme des Nations et de leur fiscalité semble nécessaire, mais elle fait naître des tensions dans tout l'Occident. De plus, eEntre les royaumes de France et d'Angleterre, de nombreux contentieux ( souveraineté sur la Guyenne : fief du roi d'Angleterre où les décisions de justice sont rendues in fine par le roi de France ). Ce qui mit le feu aux poudres, fut en 1337 la confiscation de la Guyenne au roi d'Angleterre par Philippe VI pour félonie.
Dans un premier temps, l'Angleterre remporte de nombreuses victoires, puis la France reprend l'ascendant à partir de 1364 et en 1378 les Anglais ne contrôlent plus que quelques villes dans le royaume Franc. Henri V d'Angleterre profite de la folie du roi Charles VI de France et de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons pour relancer la guerre. Fort de l'alliance avec les Bourguignons, Henri V d'Angleterre, obtient la couronne de France pour son fils Henri VI au traité de Troyes en 1420. En 1429, l'action de Jeanne d'Arc est décisive puisqu'en prenant le contrôle de Reims et de Compiègne, elle coupe les possessions du duc de Bourgogne qui est contraint à un rapprochement avec Charles VII en 1435. Les Anglais sont alors progressivement repoussés vers la mer. En 1453, ils ne contrôlent plus sur le continent que Calais, et la paix est signée en 1475.
Les batailles ont fait peu de morts hors de la noblesse Franque, en comparaison de la Grande Peste de 1349, mais les pillages Anglais ont eu des conséquences néfastes sur la population. Au plan militaire, cette guerre marque le déclin de la cavalerie au profit de l'infanterie avec l'apparition de l'artillerie. Elle laisse des marques profondes de haine entre les deux peuples. De plus, la mutation du Duché de Bourgogne en principauté indépendante génèrera un conflit de 200 ans avec la maison des Habsbourgs.
Forces en présence
Le royaume Franc
Au début du XIV ème siècle, le royaume Franc, avec son réseau fluvial aménagé, bénéficie d'un climat doux et possède une agriculture florissante. Il compte environ 17 millions d’habitants, ce qui en fait la première Nation démographique d’Occident. Paris à elle seule compte plus de 200 000 habitants. La capacité agricole permet de nourrir la population ( il n'y a plus eu de famine depuis le XII ème siècle ) et avec l'apparition de nouvelles techniques agricoles et de transport ( utilisation du cheval au lieu du bœuf ), des zônes peu fertiles deviennent des exploitations très rentables. La noblesse quant à elle ayant encore pour devoir de défendre les territoires.
La noblesse doit jongler avec la richesse le pouvoir et doit faire preuve de bravoure sur les champs de batailles. Vivant du labeur des paysans, le maître se doit de manifester sa loyauté envers eux. L'Église se charge à cette époque de dénoncer les méfaits commis par les chevaliers-brigands. Suite au concile de Charroux en 989, les gens d'armes sont priés de mettre leur puissance au service des pauvres et de l'Église en devennant des milites Christi. La noblesse se différencie donc du reste de la population par son sens de l'honneur et doit faire montre d'esprit chevaleresque, protéger le peuple et rendre justice en préservant un minimum de confort matériel. Cette volonté de briller sur les champs de bataille est renforcée par une habitude de l’époque : celle de faire des prisonniers et de conditionner leur libération par une rançon. La guerre devient donc pour certains très lucrative, et les risques d’être occis sont diminués pour les autres. A partir du régne de Philippe le Bel, le roi peut convoquer « le ban et l'arrière-ban », c'est-à-dire tous les hommes de 15 à 60 ans, de toute condition ( chevaliers et paysans, riches et pauvres ). Dès 1340, Philippe VI possède 30 000 hommes d'armes ainsi que 30 000 hommes de pied. Pour l'époque c'est la première armée d'Occident, mais l'entretien des combattants représente un coût extraordinairement élevé, sans compter que cette armée hétéroclite est très peu disciplinée.
Le clergé joue un rôle social majeur dans cette organisation de la société. Les clercs, sachant lire et compter, gèrent les institutions. Les religieux administrent les œuvres caritatives et les écoles. Grâce aux fêtes religieuses, le nombre des jours chômés atteint 140 par an ( avec toutefois des disparités entre les provinces du Nord et celles du Sud ). Le Midi, moins marqué par l'ère carolingienne et la religion que le Nord, se tournait essentiellement vers les sciences et la médecine alors que le Nord se spécialisait dans la philosophie et la théologie. Deux villes symbolisent ce clivage, Paris et Montpellier, alors que la première possédait une des universités théologiques réputées, la seconde avait une des plus prestigieuses facultés de médecine d’Occident.
Pour asseoir leur pouvoir les Capétiens ont donné des gages au peuple : créations de villes franches avec octroi de chartes, création des états généraux. L'équilibre social repose sur l'acceptation par le peuple d'un pouvoir royal qui l’émancipe quelque peu de l’arbitraire Féodal. L'administration de plus en plus centralisée assure un certain bien-être matériel au peuple. A la veille de la guerre de cent ans, la surface des parcelles paysannes se réduit et les prix agricoles chutent : de ce fait, les ressources fiscales de la noblesse diminuent, or l'armement d'un chevalier coûte toujours plus cher.
Le royaume Anglais
Le royaume d’Angleterre, beaucoup moins peuplé avec quatre millions d’habitants, est touché par un refroidissement climatique à partir du XIII ème siècle et doit renoncer à certaines productions agricoles (le vin, par exemple, produit auparavant dans tout le sud de l’Angleterre ne l’est plus qu’en Guyenne). L'Angleterre va donc opter pour une économie fondée sur le commerce. Le climat pluvieux et les pâturages verdoyants favorisent l’élevage permettant une importante production de laine utilisée par les tisserands et les drapiers. Les Anglais expriment leur besoin de liberté d’entreprendre et leur soucis d'alléger la pression fiscale sur la laine. Dans le même temps, les propriétaires fonciers ( Barons et Clergé ) voient d'un mauvais œil l'augmentation des impôts rendue nécessaire pour financer la guerre contre Philippe Auguste, d'autant que Jean sans Terre accumule défaites et pertes territoriales. Ce dernier doit leur concéder la Grande Charte de 1215 qui garantit la liberté des villes et donne au Parlement anglais un pouvoir de contrôle sur la fiscalité royale. Depuis deux siècles, la souveraineté sur le duché d'Aquitaine et du puissant comté de Flandre, est à l'origine d'intrigues entre Capétiens et Plantagenêts. Cette lutte, commencée au milieu du XII ème siècle avec un avantage pour les Anglais ( qui possédaient alors l’Anjou, la Normandie, le Maine, le Poitou, l’Aquitaine et le Limousin ), se terminera par la confiscation de ses possessions au profit du roi de France. Du grand empire Plantagenêt, il ne reste plus qu’une Aquitaine diminuée et réduite à la côte Gasconne et à Bordeaux ( Guyenne ).
De plus, l’Angleterre connait sa deuxième guerre d'indépendance d'Écosse ( 1332 à 1357 ). Depuis 1296, profitant de la mort d’Alexandre III sans héritier mâle et d'une tentative de prise de contrôle par mariage, l’Angleterre considère l’Écosse comme son Vassal. Devant cet état de fait, les Écossais ont contracté avec la France, la Auld Alliance, le 23 octobre 1295, et Robert Bruce, lors de la bataille de Bannockburn, a écrasé la chevalerie Anglaise. Plus tard, Édouard III soutient Édouard Balliol contre les partisans de David II, le fils de Robert Bruce. Grâce à cette tactique, les Anglais remportent plusieurs batailles importantes dont la bataille de Dupplin Moor en 1332 et celle de Halidon Hill en 1333. David II doit s’enfuir en France où il est accueilli par Philippe VI de Valois. Édouard Balliol devient roi d’Écosse, vassal de l’Angleterre mais est honni par son peuple.
De 1066 à 1361 la langue de la noblesse et du clergé est le Franco-Normand ( un mélange de Français et de termes nordiques apportés par les Vikings ), le peuple quant à lui utilise l'Anglo-saxon.
Origines du conflit
Malgré les progrès techniques agraires et les défrichements qui voient la population s’accroître en Occident depuis le Xème siècle, les capacités de productions agricoles deviennent insuffisantes dans certains territoires dès la fin du XIII ème siècle. Avec les partages successoraux, les parcelles se réduisent et leurs surfaces diminuent considérablement. Certaines régions, comme les Flandres, sont en surpopulation et tentent de gagner des terres cultivables sur la mer. Néanmoins, pour couvrir leurs besoins, elles doivent importer des denrées agricoles. En Angleterre, dès 1280, la moitié des paysans ne disposent que d’une superficie cultivable de 5 hectares. En France la situation est à peine meilleure et dans ce contexte, la moindre catastrophe naturelle peut ruiner une famille. La population rurale s’appauvrit, le prix des produits agricoles baisse et les revenus fiscaux de la noblesse diminuent alors que la pression fiscale augmente, faisant donc croître les tensions avec la population rurale. Beaucoup de paysans tentent donc leur chance dans les villes pour des salaires très faibles, engendrant aussi des tensions sociales en milieu urbain. Le refroidissement climatique provoque de mauvaises récoltes et génèrent des famines ( qui avaient pourtant disparu depuis le XIIème siècle ), dans le nord de 1314 à 1316, c'est ainsi que Ypres perd 10 % de sa population et Bruges 5 % .
Dans les villes, des consommateurs, au niveau de vie plus élevé réclament une nourriture plus abondante et plus variée, ainsi que du vin. Pour toutes les classes de la société, le compaganagium ( l'accompagnement du pain ) devient une pratique courante. Ces nouvelles demandes en produits à plus forte valeur ajoutée poussent les paysans à diversifier leurs productions. Les vignobles se développent : ceux du nord et de l'est de la France augmentent leur production. Les souverains anglais, qui ne possèdent sur le continent que la Guyenne, y développent leurs vignobles. Au même moment, les ducs de Bourgogne encouragent l'exportation des vins de Beaune. Cette diversification de l'agriculture au profit de la vigne accroît le déficit en produits de base dans l'alimentation de l'époque.
La noblesse doit compenser la diminution de ses revenus fonciers et pour cette raison s'oriente vers la guerre ( un excellent moyen grâce de percevoir des rançons pour la libération ). Les noblesses Franques et Anglaises touchées par les mêmes baisses de revenus, adopteront dès lors un comportement belliciste.
Principales périodes de la guerre
La transformation du commerce a rendu certaines régions dépendantes économiquement de l’un ou l’autre royaume. La Champagne et la Bourgogne alimentent Paris par la Seine et ses affluents et sont donc pro-françaises. La Normandie est partagée car elle est le point d'union entre ce bassin économique et la Manche qui devient une zone d'échanges de plus en plus intenses grâce aux progrès des techniques maritimes (le contournement de la péninsule Ibérique par les navires italiens devient courant). L’Aquitaine qui exporte son vin en Angleterre, la Bretagne qui exporte son sel et les Flandres qui importent la laine britannique ont tout intérêt à être dans la sphère d'influence anglaise.
Dans ce contexte, les Flamands, voulant échapper à la pression fiscale Franque, se révoltent de manière récurrente contre le roi de France, d'où les batailles successives de Courtrai (1302), de Mons-en-Pévèle (1304) et de Cassel (1328). Les Flamands apportent leur soutien au roi d'Angleterre, déclarant même en 1340 qu'Édouard III est le légitime roi de France. Les deux États ont donc intérêt à augmenter leurs possessions territoriales pour accroître leurs rentrées fiscales et renflouer leurs finances. Dès lors, les intrigues des deux rois pour faire passer la Guyenne, la Bretagne et les Flandres sous leur influence conduisent rapidement à la guerre entre les deux États en 1337 : elle durera 116 ans.
La guerre de Cent Ans comprend trois grands mouvements :
- une première période, de 1337 à 1380, qui voit l’effondrement de la monarchie Franque, suivi d'une période de crise puis d’un rétablissement.
De 1337 à 1364, suite au génie tactique d’Édouard III d’Angleterre la noblesse Franque est ridiculisée, plongeant le pays dans la guerre civile. À la suite du traité de Brétigny, une grande partie de la France est contrôlée par les Anglais.
De 1364 à 1380, Charles V entame la reconquête des territoires perdus. Évitant les batailles rangées qui furent désastreuses durant la première phase du conflit, il reprend progressivement plusieurs places fortes. En 1375, Édouard III ne contrôle plus sur le continent que Calais, Cherbourg, Brest, Bordeaux, Bayonne, et quelques châteaux dans le Massif central.
- une seconde période, de 1380 à 1429
De 1380 à 1429, la folie de Charles VI permet aux membres de la haute noblesse Franque, de prendre le contrôle du royaume. Il en résulte une rivalité entre les ducs de Bourgogne et d’Orléans qui dégénère en guerre civile. Henri V en profite pour reprendre pied sur le continent : c'est le désastre d’Azincourt. En 1419, l’assassinat de Jean sans Peur entraîne une alliance anglo-bourguignonne et l’effondrement du parti Armagnac. Conformément au traité de Troyes de 1420, Henri V épouse la fille de Charles VI et devient l’héritier de ce dernier. Il cumule ainsi les titres de roi d’Angleterre et de régent de France. Le dauphin Charles est déshérité. Cependant, à la suite de la mort prématurée d’Henri V, son fils Henri VI, âgé de quelques mois, prend le titre de roi de France et d’Angleterre.
- une troisième période, de 1429 à 1453, reproduisant le même cycle que la première période.
De 1429 à 1453, les Anglais sont progressivement chassés de France. Jeanne d’Arc cristallise le sentiment national et assoit Charles VII sur le trône en dépit du traité de Troyes qui l’avait déshérité. Les Anglais privés du soutien de la population sont lentement chassés du continent. En 1435, le traité d’Arras met fin à l’alliance anglo-bourguignonne et déséquilibre définitivement le rapport de force en faveur des Français. En 1453, les Anglais ne contrôlent plus que Calais suite à leur défaite subie à Castillon.
La paix
La paix n’est finalement signée qu’en 1475, sous les règnes de Louis XI et d’Édouard IV.