moyen-âge●fr             
25 Mai 2025

Ordres Religieux



Liste non exhaustive

21 Novembre 2024

1) Les Bénédictins

L'ordre du Saint-Sépulcre de Jérusalem et Ordre remonte à la fondation en 529, du monastère de Monte Cassino, par saint Benoît de Nursie. Sa règle rédigée par Benoît s'est diffusée rapidement sous l'impulsion du pape Grégoire le Grand. La règle de saint Benoît s'est imposée définitivement en 817, quand le capitulaire monastique d'Aix-la-Chapelle, l'a imposée à tous les monastères Francs et Germains. Les monastères bénédictins autonomes, commencèrent à se fédérer en congrégations après le X ème siècle. C'est en 1893 que le pape Léon XIII a réuni les congrégations et monastères en une confédération sous la présidence d'un Abbé Primat résidant au monastère Saint-Anselme sur l'Aventin à Rome. L'esprit du monachisme bénédictin repose sur l'expression « Ora et labora », « Prie et travaille » , bien que l'expression elle-même ne soit pas inscrite dans la Règle.

Le fondateur

Les informations sur Benoît proviennent du deuxième livre des Dialogues de Grégoire le Grand, écrit vers 593, soit une trentaine d'années après la mort de Benoît. Grégoire a recueilli des informations des abbés Constantin et Simplicius du Mont-Cassin, Onorat de Subiaco et Valentinien, qui avaient connu personnellement Benoît. Benoît est né à Norcia en Ombrie, vers 480/490, d'une noble famille patricienne. Après de courtes études à Rome, et, écœuré par le climat de décadence morale qui y règne, il se retire dans une grotte de la vallée de l'Aniene, près de Subiaco. La renommée de Benoît grandissante, il guide une communauté de moines à Vicovaro, mais l'expérience n’est guère heureuse et Benoît se retire de nouveau à Subiaco. Autour de lui se regroupent de nombreux disciples qu'il réunit en douze monastères, chacun formé de douze moines. Victime de jalousies, Benoît abandonne Subiaco et se réfugie au Mont-Cassin, où était encore vivace le culte du dieu Apollon. Lui et ses disciples convertissent les habitants du lieu au christianisme et érigent bientôt un oratoire dédié à Saint Martin, un autre à Saint Jean Baptiste, sur le sommet du mont. Visité par le chef barbare Totila, consulté par des évêques comme Constance d'Aquino, Germain de Capoue, et Sabin de Canossa, alors même qu'il n'était peut-être pas prêtre, Benoît demeure au Mont-Cassin comme chef de sa communauté de moines jusqu'à sa mort, le 21 mars, entre 555 et 560. Son corps est inhumé dans l'oratoire saint Jean-Baptiste du Mont-Cassin, auprès de celui de sa soeur Scholastique.

La règle

Benoît a rédigé sa Règle dans le second quart du VI ème siècle de manière à ce qu'elle puisse s'adapter à d'autres structures.
Le texte de la Règle est constitué d'un prologue et de 73 chapitres. Les trois premiers chapitres traitent de la structure du monastère, des différentes espèces de moines, de l'Abbé, des conseils de communauté. Les chapitres 4 à 7 sont réservés aux fondements de la doctrine, à travers les “instruments des bonnes œuvres”, l'obéissance, le silence, l'humilité. Les chapitres 8 à 20 organisent l'office divin, la prière liturgique et privée. Les chapitres suivants jusqu'au 52 ème, traitent de la discipline et de l'organisation du monastère, repas, travail. Les chapitres 53 à 57 parlent des rapports des moines avec le monde extérieur. Les chapitres 58 à 65 ont pour objet l'accueil des novices, l'élection de l'abbé et le choix du prieur, le chapitre 66 s'occupe de l'office du portier et de la clôture. Les chapitres 67 à 72 sont sans doute des ajouts et ont pour objet quelques points particuliers de discipline. Dans le dernier chapitre 73, Benoît rappelle que sa Règle n'est qu'un point de départ pour ceux qui désirent progresser sur le chemin de la perfection.
L'organisation monastique
Tout homme peut faire partie du monastère, il sera accueilli par un moine expérimenté. Après une année de noviciat , il rédigera sa demande, petitio, qu'il déposera sur l'autel de l'oratoire, fera vœu de stabilité – le moine ne peut changer de communauté, il est lié jusqu'à la mort au même monastère, d'obéissance, et de conversion des mœurs. Pour les enfants oblats, c'est à leur père de faire la petitio par écrit. Le chef du monastère est l'abbé, élu à vie au sein de la communauté monastique, selon ses mérites et sa doctrine spirituelle c'est le responsable de la bonne tenue du monastère. À côté de l'abbé existent des doyens auxquels sont confiés des groupes de moines regroupés selon leurs activités et le cellérier qui s'occupe de l'administration matérielle et pratique. La prière liturgique est répartie au long de la journée et de la nuit, en sept heures de jour et une de nuit : le psaume 118 en effet récite "Sept fois chaque jour je te loue”, et "Dans le coeur de la nuit, je me lève pour te louer". Puisqu'il semble que la communauté à l'origine soit esentiellement non cléricale, la célébration de la messe est prévue seulement pour les dimanches et fêtes. Les moines ont le devoir de donner les heures qu'ils ne passent pas au culte liturgique et à la lectio divina, au travail manuel ou intellectuel que l'abbé leur aura assigné, de telle sorte qu'ils puissent contribuer, grâce à l'exercice de leurs capacités, aux besoins de la communauté.
Le texte
Le manuscrit original de la Règle a disparu : abandonnant le Mont-Cassin en 577, les moines ont emporté avec eux le texte à Rome, dans leur nouveau monastère près du Latran. Vers 717, l'abbé Petronax a lancé la reconstruction du Mont-Cassin, et vers 750 le Pape Zacharie lui a rendu le manuscrit. Le monastère menacé par les invasions de Sarrasins, le manuscrit est transféré vers 883 à Teano, où il est détruit durant un incendie en 896. Il existait à Aix-la-Chapelle une copie du texte que l'abbé du Cassin avait fait réaliser sur ordre de Charlemagne et qui fut utilisée par Benoît d'Aniane, pour la réforme monastique des monastères de l'empire carolingien. Vers 817, une copie avait été réalisée à Saint-Gall par deux moines de Reichenau. Des études paléographiques et philologiques ultèrieures établiront l'hypothèse que le texte traditionnellement attribué à saint Benoît dérivait de la Regula Magistri, d'un auteur anonyme. La Regula Magistri, ou Règle du Maître, avait auparavant été considérée comme une amplification prolixe de celle de saint Benoît. L'hypothèse que ce put être l'inverse amena une controverse opposant les défenseurs de la position traditionnelle aux tenants de la nouvelle théorie. L'hypothèse que la Regula Magistri constitue la principale source d'inspiration de la Règle de saint Benoît est désormais acceptée par la majorité des chercheurs. Dans les parties communes aux deux Règles, la Regula Magistri est plus fidèle aux sources utilisées alors que celle de saint Benoît est plus de libérale.

Le monachisme Bénédictin

Même si la tradition narre l'envoi par Benoît de ses disciples Maur et Placide pour essaimer en France et en Sicile, rien n'indique que la Règle donnée par Benoît à sa communauté du Cassin fut adoptée par d'autres monastères durant sa vie, sauf peut-être le cas du monastère de Santo Stefano à Terracine, l'unique filiation ancienne du Mont-Cassin.
Grégoire le Grand
L'œuvre du pape Grégoire le Grand, fut décisive pour la diffusion du monachisme bénédictin : en composant son livre, il a mis en relief la vie de saint Benoît, célébrant son rôle de législateur monastique. Le pape Grégoire fonda lui-même six monastères dans ses possessions de Sicile et transforma son habitation romaine du Mont Celius en monastère, où il vivait comme un moine. Du monastère du Celius, sont issus des missionnaires qu'il envoya en Angleterre, comme Augustin, qui fondera un monastère à Cantorbery, et Melliton, fondateur de l'abbaye de Westminster. Néanmoins, dans ces monastères la Règle de saint Benoît était utilisée avec d'autres règles, comme source des statuts propres rédigés pour chaque communauté monastique par son propre abbé. Vers 628, la Règle de saint Benoît fut adoptée par de nombreux monastères Francs inspirés par saint Colomban, la mixant avec la règle de ce saint. La Règle de saint Benoît prévalut peu à peu sur la Regula monachorum de Colomban, étant moins rigide et s'adaptant plus aisément aux situations complexes. En Angleterre, le synode de Whitby de 664 signe l'affirmation des coutumes romaines et italiennes sur les traditions insulaires les moines anglosaxons Ceolfrid, Wilfrid, Willibrord se rendent en Italie pour s'y imprégner de la tradition monastique romaine. L'abbé Benoît Biscop, fondateur des monastères de Wearmouth et Jarrow en 674 et 681, fut le principal propagateur des normes et de l'esprit du monachisme bénédictin en Angleterre, mais une Vie de lui témoigne qu'il a introduit et fait suivre dans son monastère une règle mixte. On constate un intérêt renouvelé pour la figure de Benoît et de sa règle, lorsque les moines de Fleury-sur-Loire en 672 envoyèrent une délégation des leurs au Mont-Cassin, à l'époque abandonné et en ruines, pour y chercher les reliques du saint patriarche. Les envoyés retrouvèrent les restes de saint Benoît le 11 juillet 673 ou 674 et les ramenèrent à Fleury. Au début du VIII ème siècle, de nombreux monastères qui se reconnaissaient dans la tradition bénédictine, commencèrent à célébrer le 11 juillet comme la fête de la déposition de saint Benoît. En 717, l'abbaye du Mont-Cassin fut réédifiée et devint de nouveau un centre de rayonnement du monachisme bénédictin. À cette époque, les Francs se référaient avec enthousiasme à la civilisation romaine et, pour eux, le monachisme bénédictin s'identifiait tellement avec l'Église de Rome qu'on tenta de faire adopter par les synodes de 743 et 744 la règle bénédictine, par tous les monastères francs.
Charlemagne et Louis le Pieux
La Règle de saint Benoît connut aussi du succès en Occident. Charlemagne essaya d'imposer une observance unique à tous les monastères de l'Empire et, comme on l'a dit, fit réaliser une copie du manuscrit de la Règle. Louis le Pieux, son fils et successeur, reprit le désir de son père d'unification du monachisme franco-germanique par l'adoption d'une règle unique. Il appela à la cour impériale l'abbé Benoît d'Aniane, lequel avait fondé un monastère où il avait introduit l'observance intégrale de la Règle de saint Benoît, et lui confia la réforme des monastères d'Aquitaine. Louis le Pieux fit rédiger les canons d'un Capitulare Monasticum, à faire observer dans tous les monastères, approuvé par un synode de tous les abbés de l'Empire convoqués par l'empereur en 817 à Aix-la-Chapelle.
Le développement des monastères bénédictins
Il s'agissait à l'origine de communautés de moines en majorité laïcs, mais, au IX ème siècle, l'accès au sacerdoce commença à être considéré comme le couronnement naturel de la vie spirituelle d'un moine. Les communautés monastiques se cléricalisèrent et les monastères devinrent davantage des lieux de liturgie. Depuis longtemps déjà, elles comportaient un scriptorium et une bibliothèque mais Charlemagne se mit à exhorter les moines à prendre part au renouveau culturel de l'Empire et à faire œuvre de conservation des textes anciens. Dans les bibliothèques des monastères, on trouvait certes les textes des Pères de l'Église latine mais aussi les classiques de l'Antiquité. Les monastères les mieux fournis, comme celui de Reichenau, possédaient au début du IX ème siècle un patrimoine de 400 à 600 volumes. Les monastères devinrent aussi d'importants centres d'éducation. Par l'Admonitio generalis, capitulaire émanant de Charlemagne le 29 mars 789, l'empereur ordonna à tous les monastères de créer des écoles. Si Louis le Pieux imposa aux monastères en 817 de n'éduquer dans leurs écoles internes que les oblats, de nombreuses abbayes toutefois érigèrent des écoles externes pour les jeunes gens, notamment pour les fils des bienfaiteurs nobles. Les oblats étaient des enfants offerts au monastère par leurs parents. Une bonne partie des moines étaient entrés dans l'ordre en vertu de l'oblation faite par leurs parents, comme Willibrord, Boniface, Willibald. Le pape Grégoire II avait d'ailleurs confirmé le caractère irrévocable de l'oblation faite par les parents, en refusant aux oblats le droit, une fois parvenus à l'âge adulte, d'abandonner le monastère.

La décadence Bénédictine

Suite au chaos causé par la disloquation de l'empire carolingien, les ingérences des seigneurs locaux et des évêques dans la vie des abbayes, le monachisme bénédictin subit une grave crise économique et morale. Les incursions de pirates sarrasins vinrent aggraver la situation qui virent la destruction de grands monastères comme le MontCassin et tant d'autres. A la fin du X ème siècle, la plupart des monastères bénédictins était tombée entre les mains d'abbés laïcs qui en pillaient les biens. Les papes Grégoire VII et Gélase II promurent la réforme de l'Église en interdisant aux laïcs de concéder des dignités – et bénéfices – ecclésiastiques.
La réforme de Cluny
La réforme fut proposée pour sauver le monachisme bénédictin. Le principal mouvement de rénovation fut celui de Cluny. L'abbaye de Cluny avait été fondée près de Mâcon, en Bourgogne, entre 908 et 910, par le duc Guillaume Ier d'Aquitaine et donnée à l'abbé de Baume-les-Messieurs. Elle était directement sous la protection du Saint-Siège et était exempte de l'autorité épiscopale, qui ne pouvait ainsi influer sur l'élection de l'abbé. Les traits distinctifs de la réforme clunisienne étaient la stricte observance de la règle bénédictine et la constitution d'une « fédération » de monastères sous la vigilance de l'abbaye de Cluny. Sur la demande des papes, les abbés de Cluny restaurèrent de nombreux monastères abandonnés. La congrégation ou ordre de Cluny ainsi créée contribua de manière décisive à la réforme générale de l'Église et en vint à compter environ 1300 monastères en France et de nombreux autres dans la Belgique actuelle, la Suisse, la Grande Bretagne, la péninsule ibérique et l'Italie du Nord.
Le mouvement clunisien en Germanie et en Italie
Le principal centre de réforme en Germanie fut le monastère d'Hirsau qui, sous la houlette de l'abbé Guillaume, adopta les coutumes de Cluny, et avec l'aide d'Ulric de Zell, se dota de statuts propres. Les monastères affiliés, plus de cent, conservaient une certaine autonomie. A Hirsau fut abolie l'institution des oblats, et les travaux manuels furent confiés aux frères convers, laissant aux moines les activités spirituelles et intellectuelles. Les monastères sujets d'Hirsau, mis directement sous la protection papale dans la période de lutte pour les investitures, furent les principaux opposants au parti impérial. Du monastère lorrain de Gorze vint une autre réforme, contemporaine mais indépendante de celle de Cluny, qui propagea la stricte observance de la Règle, mais sans aspirer à l'exemption : parmi les principaux centres de diffusion de cette réforme, on peut citer Saint-Maximin de Trèves et SaintEmmeran de Ratisbonne. La réforme de Cluny connut aussi du succès en Italie. Ainsi en 937, le second abbé de Cluny, Odon, réforma l'abbaye de Saint-Paul-hors-les-murs ainsi que les communautés monastiques qui desservaient les basiliques de Saint-Laurent et Sainte-Agnès. Le quatrième abbé de Cluny, Maïeul, introduisit sa réforme à Saint-Apollinaire-in-Classe à Ravenne, puis à Saint-Jean de Parme, et à Saint-Pierre “ In ciel d'oro” à Pavie. Sous les abbés Odilon et Hugues, les prieurés clunisiens fleurirent en Lombardie. D'autres foyers de diffusion des coutumes de Cluny furent les abbayes Saint-Bénigne de Fruttuaria ainsi que la Sainte-Trinité de Cava. En 1098 fut fondé le monastère de Cîteaux dont le développement donna naissance à un Ordre autonome, l’Ordre cistercien, fondé lui aussi sur la Règle de saint Benoît. Sa branche la plus connue en France est l’Ordre cistercien de la stricte observance, dit trappistes. Une autre branche de l’Ordre est présente à Lérins et Sénanque. La réforme des XI ème et XII ème siècles
Aux X ème et XI ème siècles, la vie érémitique fut un moyen efficace pour restaurer le monachisme bénédictin, le cénobitisme étant jugé par trop lié à des intérêts matériels ou politiques. Saint Romuald donna une nouvelle impulsion à l'institution érémitique, mais dans la mouvance de la Règle de saint Benoît. Abbé de Saint-Apollinaire-in-Classe à Ravenne, il abandonna cette dignité pour vivre dans la solitude puis il fonda des ermitages dont le principal est celui de Camaldoli, lequel donna son nom à ce mouvement, et réforma des monastères comme celui de Fonte Avellana. De Fonte Avellana sortit saint Pierre Damien, collaborateur de nombreux papes et protagoniste, avec le pape Grégoire VII, de la réforme de la vie ecclésiale et monastique. Mais les moines qui contribuèrent plus directement à la lutte contre la simonie et le nicolaïsme furent les Vallombrosains, fondés par saint Jean Gualbert, moine bénédictin de San Miniato al Monte de Florence, qui après avoir embrassé un temps la vie érémitique, fonda une communauté cénobitique à Vallombrosa, près de Florence toujours, à laquelle il donna la Règle de saint Benoît et qui fut à l'origine d'une congrégation proche de l'ordre de Cluny. En Italie méridionale c'est l'abbaye de Montevergine fondée en 1124 qui donna une nouvelle impulsion au monachisme bénédictin.
Le déclin aux XIII ème et XIV ème siècles
À cette époque, le monachisme bénédictin décline, et, même si abbayes et prieurés continuent à se créer, les communautés qui les peuplent se réduisent. De plus, les mouvements réformateurs comme les camaldules, vallombrosains, etc., ayant insisté sur l'érémitisme ou de plus stricte observance, perdent progressivement leur physionomie originale et se rapprochent de plus en plus des monastères bénédictins traditionnels, maintenant toutefois un sens d'appartenance à leur propre tradition de congrégation. Dans les monastères bénédictins, la pratique religieuse était moins tonique et les études laissaient à désirer, le peuple chrétien commençant à préférer comme pasteurs d'âmes les religieux des Ordres mendiants, de plus récente création, animés par une notable ferveur de prédication et d'enseignement. Les vocations religieuses se pressèrent davantage vers ces nouvelles familles religieuses, contribuant ainsi au dépeuplement des monastères bénédictins. Un espoir de restauration de la discipline monastique vint de l'association des monastères en congrégations régionales. Le pape cistercien Benoît XII avec la bulle Summi Magistri dignatio, dite Benedictina, de 1336, prescrit que tous les monastères bénédictins seront regroupés en provinces et que seront célébrés des chapitres triennaux et nommés des visiteurs. Les effets de ces nouveautés furent nuls. Continuèrent à naître toutefois, au sein de l'Ordre bénédictin, de nouvelles congrégations monastiques liées à de fortes personnalités : les silvestrins provenant du monastère de Monte Fano, près de Fabriano, fondé en 1231 par Silvestro Guzzolini, les célestins, œuvre vers 1259 de l'ermite Pietro del Morrone, le futur pape Célestin V, les olivétains fondés par Bernardo Tolomei en 1313 dans le désert d'Accona, près de Sienne.
Le mouvement "de Unitate"
Les conditions d'existence du monachisme bénédictin s'aggravèrent encore au XV ème siècle, surtout à cause des abus nés du régime de la commende, le titre d'abbé devenant l'apanage de laïcs ou d'ecclésiastiques séculiers, issus souvent de nobles familles, étrangers à la communauté dont ils dépensaient les revenus. Ainsi de grandes abbayes historiques et prestigieuses tombèrent entre les mains de grandes familles nobles, comme Sainte-Justine de Padoue, aux princes de Carrare. Les seuls monastères exempts de ce phénomène de commende furent ceux fédérés en congrégations, comme les vallombrosains, silvestrins ou olivétains, qui en vertu de leur unité juridique et de discipline, étaient moins exposés à des ingérences extérieures. En outre la facilité plus grande avec laquelle ces moines pouvaient être transférés d'une abbaye à une autre constituait un facteur positif pour échapper à ce risque. En 1408, l'abbaye Sainte-Justine de Padoue fut donnée en commende à un jeune noble vénitien, Ludovico Barbo, déjà prieur de San Giorgio in Alga. Sa communauté comptait alors trois moines. Barbo, décidé à rétablir l'observance régulière, émit sa profession et reçut la bénédiction abbatiale. Pour repeupler son abbaye il s'adjoignit deux camaldules et deux chanoines de San Giorgio in Alga. Après avoir relevé la situation morale et matérielle de l'abbaye, Barbo fut appelé à réformer d'autres monastères, en dehors même du territoire vénitien. Les monastères ainsi réformés s'unirent en une congrégation dite "de Unitate" ou "de Observantia", approuvée par le pape Martin V le 1er janvier 1419. L'autorité suprême était dévolue au chapitre général, célébré chaque année, qui nommait les visiteurs lesquels veillaient à la bonne observance de la règle dans les monastères, le chapitre général ayant les pouvoirs de déposer les abbés qui continuaient à être élus à vie parmi les visiteurs était élu un abbé président ; les moines, liés au monastère dans lequel ils avaient fait profession, pouvaient être transférés dans d'autres monastères. D'autres abbayes anciennes s'unirent à la congrégation de Sainte-Justine de Padoue : Cava, Subiaco, Bobbio, Praglia et, le 15 novembre 1504, avec la bulle Super cathedram, le pape Jules II lui agrégea le Mont-Cassin, d'où le nom de cassinaise donné ensuite à la congrégation. Le phénomène de centralisation est l'élément que l'on trouve aussi dans les pays allemands : la principale réforme fut celle de Bursfeld, avec l'aide de moines provenant de Sankt Matthias, près de Trèves, qui donna naissance à une congrégation laquelle comptait 94 abbayes en 1530. L'abbaye de Melk fut aussi réformée. En Espagne, le mouvement de réforme fut dirigé par l'abbaye de Montserrat, sous la direction de Garcia de Cisneros, et de la congrégation de Valladolid, fondée en 1446, dont les constitutions furent rédigées sur la demande du pape Eugène IV par Ludovico Barbo.

La réforme protestante

Martin Luther, dans son texte De votis monasticis iudicium de 1521, attaque sans mesure la doctrine selon laquelle la vie monastique constituerait la forme la meilleure pour suivre le Christ. Luther nie tout fondement biblique aux voeux religieux et déclare les moines libres de tout lien. La diffusion du protestantisme dans les pays européens amène la disparition du monachisme bénédictin dans des pays comme le Danemark, la Suède, la Norvège, où les communautés furent sécularisées entre 1527 et 1537, en Hollande et Frise. De 1500 abbayes existant en Europe au début du XVI ème siècle ne survécurent qu'environ 800.
La réforme dans les pays allemands
En Germanie, de graves dommages naquirent de l'adhésion de nombreux princes allemands à la réforme protestante. De plus, la possibilité pour les nobles locaux d'augmenter leur patrimoine, par l'annexion des riches abbayes se trouvant sur leur territoire, favorisa leur propre conversion au protestantisme. Quelques abbayes allemandes passèrent spontanément au luthéranisme et le propagèrent sur leur territoire. De nombreux autres, par exemple presque tous ceux appartenant à la congrégation de Bursfeld, furent contraints d'embrasser la doctrine réformée par les seigneurs locaux. Ainsi en Allemagne au cours du XVI ème siècle disparurent 200 monastères bénédictins.
La dissolution des monastères anglais
En raison de grandes épidémies, de la guerre de Cent ans et de celle des deux roses, au début du XVI ème siècle, les abbayes bénédictines anglaises étaient dépeuplées et le niveau moral des moines plutôt bas. Toutefois les bénédictins continuaient à exercer une influence notable sur la vie ecclésiale et civile anglaise : 24 abbés siégeaient de droit au parlement, plusieurs avaient le rang de barons. Neuf sièges épiscopaux sur 16 étaient des abbayes bénédictines et les moines avaient un rôle important dans l'élection des évêques. Thomas Wolsey, dénonçant devant le pape la décadence morale et économique des monastères, obtint en 1528 la faculté de visiter les communautés bénédictines anglaises et de supprimer celles de moins de douze moines et celles trop relâchées. Les biens des abbayes supprimées furent confisqués par la couronne et utilisés par Henry VIII afin d'enrichir l'aristocratie qui contrôlait le pays et de conserver ainsi leur soutien.

Nouvelle réforme

L'Ordre bénédictin reçut une nouvelle impulsion du Concile de Trente. Les Pères conciliaires affrontèrent les questions sur la vie religieuse en 1563, au cours de la dernière session du concile. Parmi les décisions significatives, fut fixé à 16 ans l'âge minimum pour embrasser la vie religieuse et imposé au moins un an de noviciat avant d'être admis à la profession religieuse. On devait s'assurer de la pleine liberté du candidat, ce qui mit ainsi fin à l'existence des enfants oblats. La pratique de la pauvreté et la vie commune furent prescrites et les monastères encouragés à se fédérer en congrégations. Le monachisme bénédictin connut alors une nouvelle phase de vitalité et de développement. En France, naquirent la congrégation lorraine de Saint-Vanne et Saint-Hydulphe, sous l'égide de dom Didier de La Cour, et issue d'elle, la congrégation de Saint-Maur, en 1618, dont le siège fut fixé à Saint-Germain-des-Prés à Paris, où l'on s'adonna de façon remarquable à la recherche historique et littéraire et à l'étude de la patristique. Les tentatives de réunir en une congrégation les monastères des régions allemandes demeurées catholiques échouèrent surtout à cause de l'hostilité des évêques. De nombreux monastères de Bavière et de Souabe toutefois se joignirent à la congrégation autrichienne pour maintenir l'université bénédictine de Salzbourg, fondée en 1617. Les monastères bénédictins suisses et autrichiens au XVIII ème siècle connurent une grande prospérité dont témoigne la richesse de la décoration des abbayes.

Dissolution et restauration de l'Ordre

Avec la diffusion des idées des Lumières et des doctrines gallicanes et fébroniennes sur le plan ecclésiologique, dans la seconde moitié du XVIII ème siècle, l'attitude de l'opinion publique et des gouvernants se fit hostile à l'égard des ordres religieux. En 1766 en France, sous l'autorité du roi, fut constituée une “commission des réguliers”, avec l'intention déclarée de promouvoir une réforme des ordres religieux mais sa décision la plus significative fut de déterminer un nombre minimum de membres en-deçà duquel des maisons religieuses ou des ordres entiers pouvaient être supprimés. En 1780, année de la dissolution de la commission, seuls 122 des 410 monastères bénédictins étaient visés. En 1783, l'empereur Joseph II supprima tous les ordres essentiellement contemplatifs et accorda aux monastères bénédictins de subsister seulement s'ils se dédiaient désormais à des activités socialement utiles comme l'enseignement, l'assistance hospitalière ou le soin des paroisses : ainsi un tiers des communautés bénédictines se trouvant sous la domination des Habsbourg fut dissous. Des lois de suppression furent promulguées également dans la république de Venise en 1768, le grand-duché de Toscane en 1786 et le royaume de Naples. Le nombre des monastères bénédictins fut réduit de façon encore plus drastique durant la Révolution française et sous Napoléon, ce qui amena la dissolution des dernières communautés bénédictines en France et en Belgique. Comme conséquence du traité de Lunéville, Napoléon sécularisa les nombreuses principautés ecclésiastiques et les donna aux souverains allemands, causant de 1803 à 1806 la perte de tous les monastères en Bavière, dans le duché de Bade, Wurtemberg et Prusse. Joseph Bonaparte supprima les monastères dans le royaume de Naples, à l'exception des abbayes du Mont-Cassin, de Cava et Montevergine, où il fut consenti aux moines de demeurer pour conserver le patrimoine archivistique, mais en habit civil. Après la conquête de Madrid en 1808, les monastères d'Espagne et du Portugal furent sécularisés ; de même la Pologne perdit tous ses monastères. Dans toute l'Europe, seule subsista une trentaine d'abbayes bénédictines.

Résurection des anciennes structures

La restauration du monachisme bénédictin dans l'empire austro-hongrois débuta en 1802 grâce à l'initiative de l'empereur François Ier , particulièrement intéressé par l'activité éducative des moines. Ainsi les monastères hongrois s'unirent en une congrégation fortement centralisée, avec à sa tête l'abbaye de Pannonhalma, dans laquelle sera établi le noviciat unique et une faculté de théologie et philosophie. Les abbayes autrichiennes seront regroupées ultérieurement par le pape Léon XIII en deux congrégations, une dédiée à Marie Immaculée, et une à Saint Joseph, réunies en une congrégation en 1918. En Bavière, la restauration fut promue par le roi Louis Ier, entre 1830 et 1842, dans les abbayes de Metten, Ottobeuren, Scheyern, et Weltenburg le même souverain aida la fondation du monastère de Saint-Boniface à Munich et du prieuré d'Andechs. Les bénédictins anglais qui s'étaient réorganisés depuis le début du XVIII ème siècle dans les monastères continentaux de Douai (1606) et Dieulouard (1608) purent enfin, à cause de la première coalition qui entraîna le départ des Anglais du territoire français, transférer leurs communautés dans leur patrie (abbayes de Downside et Ampleforth) après 1793. Avec l'émancipation des catholiques anglais en 1829, les abbayes bénédictines connurent un notable développement au XIX ème siècle, devenant le siège de prestigieuses institutions scolastiques, comme le célèbre collège d'Ampleforth. En Suisse, ce sont les cantons qui promulguent des lois sur les monastères, mais en 1848 fut inséré dans la constitution fédérale un article interdisant l'érection de nouveaux monastères. Les anciennes abbayes de Fischingen et Rheinau furent dissoutes, les moines de Muri transférèrent leur communauté à Gries, et ceux de Marienstein à Bregenz. Les moines bénédictins exilés contribuèrent notablement à la diffusion du monachisme bénédictin aux États-Unis d' Amérique.

Nouvelles structures

Pour la restauration de l'Ordre bénédictin en France et Allemagne, ce sont les monastères de Solesmes et Beuron qui joueront un rôle primordial, devenant le centre de deux nouvelles congrégations monastiques réformées. L'abbaye bénédictine de Solesmes, la première à réintroduire les voeux solennels et la perpétuité de l'abbatiat, fut fondée en 1833 par Prosper Guéranger, fort de l'idéal de liberté ecclésiale face aux pouvoirs civils, opposant résolu du gallicanisme mais surtout mû par une spiritualité liturgique nourrie aux meilleures sources. Issues de ce monastère sont nées les restaurations de Ligugé, Silos, Saint-Maur de Glanfeuil et Saint-Wandrille et la fondation de nombreuses abbayes au XX ème siècle. L'abbaye de Beuron, fondée en 1862 par les frères Placide et Maur Wolter, formés auprès des moines cassiniens de Saint-Paul-hors-les murs à Rome, donna naissance à l'abbaye de Maredous en Belgique et de Maria Laach en Allemagne. Les moines de Beuron participèrent aussi à la réforme de la congrégation bénédictine du Brésil. Il faut noter enfin le rôle particulier de l'abbé Pier Francesco Casaretto qui, à partir de 1844, voulut restaurer l'observance intégrale de la Règle de saint Benoît et la vie commune complète, dans le monastère cassinais de Saint-Martino d'Albaro. En 1850 le pape Pie IX lui confia l'abbaye SainteScholastique de Subiaco qui sera à l'origine de la congrégation cassinaise de la primitive observance, dite depuis de Subiaco, laquelle restaurera les abbayes anciennes de Praglia, Montevergine, Montserrat, agrégera la nouvelle abbaye de La Pierre-qui-vire puis donnera lieu à des fondations dans le monde entier.
Les bénédictins en Amérique
Le premier monastère bénédictin en Amérique est fondé au Brésil à Salvador de Bahia en 1581, par une communauté de moines portugais. De l'abbaye de Salvador de Bahia sont issues les abbayes d'Olinda, Rio de Janeiro, Paraiba do Norte, Sao Paulo. Avec la bulle Inter gravissimas du 1er juillet 1827, ces monastères sont réunis en une congrégation. Durant les années suivantes, elle risquera l'extinction à cause de l'interdiction, levée seulement en 1889, d'admettre des novices. La congrégation brésilienne recommencera son expansion après l'élection en 1890 de l'archiabbé Domenico della Transfigurazione Machado, grâce notamment à l'arrivée de moines européens de Beuron. Le premier monastère bénédictin des États-Unis fut celui de Saint-Vincent, fondé en 1846 à Latrobe, en Pennsylvanie, par dom Boniface Wimmer, issue de l'abbaye bavaroise de Metten. Le pape Pie IX affilia le monastère nouvellement fondé à la congrégation cassinaise mais consentit à ce que les moines observent les coutumes de la congrégation bavaroise. Devenu archiabbaye en 1892, Saint-Vincent avait déjà fondé en 1856 le monastère Saint John à Collegeville, dans le Minnesota. De ce groupe de monastères est issue la congrégation américano-cassinaise, devenue une des plus florissantes de l'Ordre. Toujours aux États-Unis, les bénédictins suisses d'Einsiedeln fondèrent en 1854 le monastère de Saint Meinrad, dans l'Indiana ; d'autres moines suisses d'Engelberg fondèrent, eux, le monastère de Conception dans le Missouri. Les monastères américains d'origine suisse refusèrent l'offre d'adhérer à la congrégation américano-cassinaise et furent en 1881 unis en une congrégation helvéto-américaine, qui aura un rôle important d'évangélisation des Américains.
Un retour à la tradition missionnaire
Andrea Amrhein, moine de Beuron, fut parmi les premiers à redécouvrir l'œuvre évangélisatrice des bénédictins au Moyen-Âge et devint le rénovateur de l'ancien idéal missionnaire de l'Ordre. Après avoir visité les séminaires des missionnaires de Mill Hill et des Verbites à Steyl, il fonda en 1887 une maison religieuse pour la formation des missionnaires. À l'origine, les disciples de Amrhein constituaient une congrégation d'oblats réguliers avec vœux simples mais, en 1896, leur maison de SanktOttilien en Haute Bavière, devint prieuré, abbaye en 1902, archiabbaye et centre d'une nouvelle congrégation monastique dans l'orbite de la confédération bénédictine en 1914. Les bénédictins de Sankt Ottilien ont fondé de nombreuses maisons, à Zanzibar en 1887, en Corée et Mandchourie en 1909, en Afrique du Sud en 1921. Les abbayes belges de Sint-Andries-Zevenkerken et de Maredsous, unies en 1921 dans la congrégation de l'Annonciation, furent aussi le point de départ de nombreuses fondations en Afrique et Asie : ils envoyèrent des religieux au Katanga en 1910, en Chine en 1929, en Angola en 1933, en Inde en 1952, au Rwanda en 1958 et au Pérou en 1968.

Confédération Bénédictine

Pour promouvoir les intérêts généraux de l'Ordre bénédictin, le pape Léon XIII pensa réunir les congrégations bénédictines en une confédération et chargea le cardinal bénédictin Giuseppe Benedetto Dusmet de réunir au palais de San Callisto à Rome tous les abbés bénédictins pour délibérer de l'union. Ayant obtenu l'assentiment des abbés, le pape Léon XIII, par le bref Summum semper du 12 juillet 1893, approuva l'union des treize congrégations en une confédération sous la présidence d'un abbé primat, dont les prérogatives seront définies par la Congrégation des évêques et réguliers dans le décret Inestimabilis du 16 septembre 1893. Comme premier abbé primat, Léon XIII choisit Hildebrand de Hemptinne, de l'abbaye belge de Maredsous. L'unification ne vint pas diminuer l'autonomie et la physionomie propre de chaque monastère ni de chaque congrégation. Les organes propres à la confédération sont exercés comme une supervision générale sur l'observance de la discipline monastique. La résidence de l'abbé primat fut fixée au Collège international de Saint-Anselme sur l'Aventin, fondé par Léon XIII le 4 janvier 1887, en prévision de l'union souhaitée par lui, pour recevoir les étudiants de toutes les congrégations bénédictines. La confédération a été réorganisée plus récemment avec une lex propria approuvée par le pape Pie XII en 1952, et plusieurs fois revue depuis lors.
L'organisation de l'Ordre
Les monastères bénédictins sont groupés en congrégations confédérées entre elles. À la confédération bénédictine peuvent s'associer, exceptionnellement, des monastères particuliers non liés à une congrégation. Chaque congrégation élit selon son mode propre son abbé-président. Au sein de la confédération, les abbés-présidents constituent le synode des présidents, convoqué au moins tous les deux ans par l'abbé primat et présidé par lui. Le synode élit un conseil, constitué de trois abbés-présidents qui assistent l'abbé primat dans ses tâches, l'un des membres du conseil étant le vicaire de l'abbé primat en cas d'empêchement. Les supérieurs de toutes les abbayes et prieurés sui juris de la confédération se réunissent tous les quatre ans en un « congresso » des abbés, auquel il revient notamment d'élire l'abbé primat. Ce dernier est en charge pour huit ans et peut être réélu pour de nouveaux mandats de quatre ans. L'abbé primat représente la confédération mais dans le respect de l'autonomie des monastères et congrégations il n'a pas les pouvoirs que détient l'abbé-président d'une congrégation monastique. À l'abbé primat revient le titre d'abbé de Saint-Anselme sur l'Aventin et de grand chancelier de l'Athénée pontifical Saint-Anselme.
À l 'abbé primat, actuellement dom Notker Wolf, ancien abbé de Sankt-Ottilien, élu par le Congrès des abbés en l'an 2000, puis de nouveau en 2008 et 2012, revient la vigilance sur le Collège pontifical grec à Rome, l'AIM, le DIM, la CIB (Communio Internationalis Benedictinarum) et l'ICBE (International Commission on Benedictine Education).
À la confédération peuvent être « consociés » les monastères féminins de bénédictines et les congrégations religieuses féminines de tradition bénédictine, soit 16 000 moniales et sœurs bénédictines. La confédération bénédictine compte plus de 350 monastères dont font partie plus de 7 500 moines bénédictins.

Liste des congégations

01) La congrégation cassinaise
02) La congrégation anglaise
03) La congrégation hongroise
04) La congrégation suisse
05) La congrégation autrichienne
06) La congrégation bavaroise
07) La congrégation brésilienne
08) La congrégation de Solesmes
09) La congrégation américano-cassinaise
10) La congrégation de Subiaco
11) La congrégation de Beuron
12) La congrégation helvétoaméricaine
13) La congrégation de SanktOttilien
14) La congrégation de l'Annonciation
15) La congrégation slave
16) La congrégation du Mont-Olivet
17) La congrégation de Vallombreuse
18) La congrégation camaldule
19) La congrégation silvestrine
20) La congrégation du Cono-Sur


2) Les Cisterciens

Les Moines Soldats espagnols a genèse de l’ordre cistercien se situe au XI ème siècle, à cette époque, nombreux sont les fidèles qui cherchent une nouvelle spiritualité exaltant le désir de rajeunir le monde. Conjuguant ascétisme et rigueur liturgique tout en glorifiant le travail manuel, la Regula Sancti Benedicti est à la fin du XI ème siècle une source d'inspiration pour les mouvements en quête de perfection tels les ordres de Grandmont ou des Chartreux, fondée par Bruno de Cologne en 1084. L'ordre Cistercien est marqué à sa naissance par la nécessité de réforme et l'aspiration évangélique qui sous-tend également l'expérience de Robert d'Arbrissel - fondateur de l'ordre de Fontevraud en 1091 - et l'éclosion des chapitres de chanoines réguliers. Cîteaux naît du désir de renouveler le monachisme et d'en redéfinir la place. À cette époque, la voie monastique clunisienne voit s'élever contre elle des critiques de plus en plus nombreuses. L'ascétisme souhaité par saint Benoît n'est plus compatible avec la magnificence des édifices existants. Cluny semble décalé par rapport au respect des vœux d'humilité, de pauvreté et de charité. Les activités intellectuelles du scriptorium, l'exercice du plain-chant et l'office divin ont coupé les moines d'une des trois exigences de la règle bénédictine : le travail manuel. À Cluny, l'agriculture est devenue une activité sous_traitée. Certes, l'ordre a essaimé ses monastères dans toute l'Europe, mais la proximité de ses abbés avec le pouvoir temporel n'est pas du goût de tous. L'ére du temps réclame à l'encontre de Cluny, un retour à la rigueur des Pères du Désert.

Les fondateurs

L'aventure cistercienne commence avec l'érection de l'abbaye Notre-Dame de Molesme par saint Robert en 1075, sur la butte qui domine la Laignes. Né à Champagne, apparenté à l’une des plus grandes de la région, Robert de Molesme commence son noviciat à l’âge de quinze ans à l’abbaye de Moûtiers-la-Celle, dans le diocèse de Troyes. Il y devient prieur. Pétri de l’idéal de restauration du monachisme de saint Benoît, il quitte en 1075 son prieuré. Il parvient à mettre en application cet idéal en partageant solitude, pauvreté, jeûne et prière avec sept ermites installés dans la forêt de Collan dont il dirige la vie spirituelle. Grâce aux sires de Maligny, ce groupe s’installe dans la vallée de la Laignes, dans le lieu-dit de Molesme en adoptant des règles de vie proche de celles des Camaldules, alliant la vie commune de travail et de l'office bénédictin à l'érémitisme. Cette fondation connait un succès immédiat : la nouvelle abbaye draine nombre de visiteurs et donateurs, religieux et laïcs. « Une quinzaine d'années après sa fondation, Molesme est une abbaye bénédictine prospère. Les exigences de Robert et d'Albéric sont mal acceptées et des divisions surviennent au sein de la communauté. En 1090 Robert, avec quelques compagnons, choisit de s’éloigner pour un temps de l'abbaye et de ses dissensions. Il s'intalle avec quelques frères à Aulx pour y mener une vie d’ermite. Il est cependant contraint de regagner l'abbaye qu'il dirige. Sachant qu’il ne parviendra pas à satisfaire son idéal de solitude et de pauvreté dans le climat de Molesme où s’opposent les partisans de la tradition et ceux du renouveau, Robert, avec l’autorisation du légat du pape Hugues de Die, accepte le lieu solitaire situé dans la forêt marécageuse du Pays-bas dijonnais que lui proposent le duc de Bourgogne Eudes Ier et les vicomtes de Beaune, de lointains cousins, pour se retirer et pratiquer avec la plus grande austérité la règle de saint Benoît. Dans ce lieu proche de la vallée de la Saône, au sud de Dijon, il trouve un « désert », marécageux. Albéric et Étienne Harding, ainsi que 21 moines fervents, l’accompagnent dans sa solitude où ils s’installent le 21 mars 1098, sur le site de La Forgeotte, alleu concédé par Renard, vicomte de Beaune, pour y fonder une autre communauté dénommée pour un temps le novum monasterium.
Les débuts du novum monasterium, dans des bâtiments de bois entourés d’une nature hostile, sont difficiles pour la communauté. La nouvelle fondation bénéficie cependant du soutien de l'évêque de Dijon. Eudes de Bourgogne fait lui aussi montre de largesse ; Renard de Beaune, son vassal, cède à la communauté les terres qui jouxtent le monastère. La protection bienveillante de l'archevêque Hugues permet l'édification d'un monastère de bois et d'une humble église. Robert a tout juste le temps de recevoir du duc de Bourgogne une vigne à Meursault qu’à la suite d’un synode tenu à Port d’Anselle en 1099 qui légitime la fondation du novum monasterium, il se voit contraint de revenir à Molesme où il trouvera la mort en 1111.
Robert laisse la communauté aux mains d’Aubry, l’un des plus fervents partisans de la rupture avec Molesme. Aubry, administrateur efficace et compétent, obtient la protection du pape Pascal II ( Privilegium Romanum ) qui promulgue le 19 octobre 1100 la bulle Desiderium quod. Aubry, confronté à de nombreuses difficultés matérielles, déplace sa communauté deux kilomètres plus au sud, au bord de la Vouge, lieu idéal pour disposer d'une grande quantité d'eau. Le 16 novembre 1106 Gauthier, l’évêque de Chalon, consacre sur ce nouveau site la première église construite en pierre. Aubry parvient à maintenir la ferveur spirituelle au sein de sa communauté, soumise à une stricte ascèse. Mais Cîteaux végète, les vocations se font rares et ses membres vieillissent. Les années semblent difficiles pour la petite communauté car « les frères de l'Église de Molesme et d'autres moines voisins ne cessent de les harceler afin de les chasser de ces lieux. Cependant, la protection du duc de Bourgogne, puis de son fils Hugues II après 1102, permet un réel essor. À partir de 1100, le monastère attire quelques recrues. Pendant son abbatiat, Aubry fait adopter aux moines l’habit de laine écrue contre la robe noire des moines de l’ordre de Cluny, ce qui vaudra aux moines cistercien le surnom de « moines blancs », parfois aussi de « bénédictins blancs » ou encore de « Bernardins », du nom de saint Bernard, à l’opposé des bénédictins ou « moines noirs ». Aubry définit aussi le statut des frères convers, soumis à l’obéissance et à la stabilité et qui accomplissent le gros des tâches manuelles. Il engage la révision de la Bible, qui sera achevée sous l’abbatiat d’Étienne Harding.

L'abbatiat d'Étienne Harding

En 1109, Étienne Harding succéde à Aubry après la mort de ce dernier. Noble anglo-saxon à la solide formation intellectuelle, c'est un moine formé à l'école de Vallombreuse qui a déjà joué un rôle majeur dans les événements de 1098. Il entretient d'excellents rapports avec les seigneurs locaux. La bienveillance de la châtelaine de Vergy et du duc de Bourgogne assure l’essor de l’abbaye. La ferveur des moines confère à l’abbaye une grande renommée. En avril 1112 ou en mai 1113, le jeune chevalier Bernard de Fontaine, accompagné d’une trentaine de compagnons, fait son entrée au monastère dont il va bouleverser les destinées. Les postulants affluent, les effectifs croissent et poussent Étienne Harding à fonder des « abbayes-filles ».
La fondation de l’ordre
En 1113, la première abbaye-fille est fondée à La Ferté dans le diocèse de Chalon-sur-Saône, suivie par celle de Pontigny dans le diocèse de Langres en 1114. En juin 1115, Étienne Harding envoie Bernard avec douze compagnons pour fonder l’abbaye de Clairvaux en Champagne. Le même jour une communauté monastique part de Cîteaux pour fonder l’abbaye de Morimond. Sur cette souche des quatre filles de Cîteaux, l’ordre cistercien va se développer et la famille cistercienne croître durant tout le XIIe siècle. À partir de 1120 l’ordre s’implante à l’étranger. Enfin, à côté des monastères d’hommes, des couvents de moniales vont se créer. Le premier est établi en 1132 à l’initiative d’Étienne Harding au Tart, l'un des plus célèbres étant celui de Port-Royal-des-Champs. Pour Étienne Harding, l’organisateur de l’ordre et grand législateur, l’œuvre qu’il voit naître reste encore fragile et a besoin d’être confortée. Les abbayes créées par Cîteaux ont besoin du lien qui va être la marque de leur appartenance à l’application stricte de la règle de saint Benoît et rendre les communautés monastiques solidaires. La Charte de Charité qu’il élabore apparaît comme le « ciment » qui va garantir la solidité de l’édifice cistercien.
La Charte de charité
Entre 1114 et 1118, Étienne Harding rédige la « Carta Caritatis » ou Charte de charité, texte constitutionnel fondamental sur lequel repose la cohésion de l’ordre. Elle établit l’égalité entre les monastères de l’ordre. Dans le respect d’unité d’observance de la règle de saint Benoît, elle a pour objet d’organiser la vie quotidienne et d’instaurer une discipline uniforme à l’ensemble des abbayes. Le pape Calixte II l’approuve le 23 décembre 1119 à Saulieu. Elle fera plus tard l'objet de plusieurs retraits. Étienne Harding a prévu que chaque abbaye dépende, en conservant une autonomie financière, d’une abbaye mère : l’abbaye qui l’a fondée ou à laquelle elle est rattachée. Leurs abbés élus par la communauté gouvernent l’abbaye comme ils l’entendent. En même temps, il a su prévoir des systèmes de contrôles efficaces sa tomber dans la centralisation : l’abbaye-mère dispose d’un droit de regard, son abbé doit la visiter annuellement. Étienne Harding a institué, au sommet de l’édifice, le Chapitre général comme organe suprême de contrôle. Le Chapitre général réunit chaque 14 septembre, sous la présidence de l’abbé de Cîteaux qui fixe le programme, tous les abbés de l’ordre qui doivent y assister en personne ou, exceptionnellement, se faire représenter. Ils ont rang égal hormis les abbés des quatre branches maîtresses. Le Chapitre général édicte par ailleurs des statuts et apporte les adaptations rendues nécessaires aux règles régissant l’ordre. Les décisions prises lors de ces assemblées sont rapportées dans des registres appelés statuta, instituta et capitula.

Bernard de Clairvaux

L’ordre doit son rayonnement dans la première moitié du XII ème siècle à Bernard de Clairvaux, le plus célèbre des cisterciens qui peut être considéré comme son maître spirituel. Ses origines familiales et sa formation, ses appuis et ses relations, sa personnalité même, expliquent en grande partie le succès cistercien. Sa famille est connue pour sa piété. Il décide de ne pas embrasser le métier des armes et cherche à se retirer du monde. « Devenu moine, Bernard reste un chevalier qui encourage ceux qui combattent pour Dieu ». Persuasif et charismatique, il décide nombre de ses parents à le suivre à Cîteaux, abbaye voisine des terres de sa famille. Bernard, trois ans seulement après son entrée dans l'ordre cistercien, consacré abbé par Guillaume de Champeaux, évêque de Châlons-sur-Marne, prend la tête de l'abbaye de Clairvaux le 25 juin 1115. Il se consacrera pendant dix ans à la communauté dont il sera le père. Puis Clairvaux, bien établi, enraciné, devenu lui-même prolifique, essaimant à son tour, à Trois-Fontaines, à Fontenay, à Foigny, de toutes parts sa descendance, Bernard cesse de parler seulement pour les religieux de son monastère » — Georges Duby, Saint Bernard et l'art cistercien. Tout en veillant sur Clairvaux dont il est resté toute sa vie abbé, Bernard a une influence religieuse et politique considérable en dehors de son ordre. Toute sa vie, il est guidé par la défense de l’ordre cistercien et ses idéaux de réforme de l’Église. On le voit sur tous les fronts et sa vie est riche de paradoxes : il clame son désir de se retirer du monde, pourtant il ne cesse de se mêler des affaires du monde. Il est volontiers donneur de leçons, mais assuré de la supériorité de l’esprit cistercien, il accable de reproches ses frères clunisiens. Il a des mots très durs pour fustiger les clercs et les prélats qui succombent au luxe. Le théologien Pierre Abélard en fait la dure expérience. On le voit en Languedoc tenter d’enrayer les progrès de l’hérésie. Il parcourt la France, l’Allemagne, mobilisant les foules après le prêche de Vézelay (31 mars 1146) pour lancer la deuxième croisade. Il intervient dans la désignation des papes, dont il finit par faire triompher la cause : Innocent II contre Anaclet II, et va même jusqu’à donner des leçons aux souverains pontifes.
Les fondations se poursuivent sur un rythme soutenu, ainsi les abbayes de la Cour-Dieu et de Bonnevaux. L'ordre, à l'assise bourguignonne, gagne le Dauphiné et la Marne puis, en peu de temps, tout l'Occident chrétien. Il n’est pas une nation catholique, de l’Écosse à la Terre sainte, de la Lituanie et la Hongrie au Portugal, qui n’ait connu les cisterciens dans l’un de leurs sept cent soixante-deux monastères. De Clairvaux sort finalement le plus grand rameau de l’ordre cistercien : trois cent quarante-et-une maisons dont quatre-vingts filles directes dispersées dans toute l’Europe, davantage que Cluny qui n’en compte que 300 environ. Ainsi, le poids de l'abbaye de Clairvaux ne cesse de croître, en particulier, grâce au nombre de ses filiales qui dépasse celles de Cîteaux, dans les décisions prises lors des Chapitres généraux. Lorsqu’il meurt le 20 août 1153, honoré par tout le monde chrétien, il a fait de Cîteaux un des principaux centres de la chrétienté, un haut lieu spirituel.

L'organisation de l'ordre

La règle bénédictine se présente comme une synthèse entre des exigences contraires : indépendance économique et activité liturgique, activité apostolique et refus du monde. Les Statuts des moines cisterciens venus de Molesme, rédigés dans les années 1140, s'offrent comme une mise en ordre de l'idéal primitif : stricte observance de la règle bénédictine, recherche de l'isolement, pauvreté intégrale, refus des bénéfices ecclésiastiques, travail manuel et autarcie. Les premiers abbés de Cîteaux avaient trouvé cet équilibre dans la simplicité rustique, dans l'ascèse et le goût de la culture. Dès l'abbatiat d'Étienne Harding, une législation voit le jour sous la forme de La Charte de charité et d'unanimité qui règle les rapports des abbayes-mères, de leurs filles et petites filles. L'explosion des créations exige une nouvelle réflexion sur l'administration d'un tel système. Pour Philippe Racinet, « l'organisation cistercienne est un des chefs-d'œuvre de construction institutionnelle médiévale ». L’exemption de la juridiction épiscopale permet à l’ordre de Cîteaux de mettre au point deux institutions qui devaient faire sa force : le système de visites des abbés-pères et le Chapitre général annuel. Parallèlement, très probablement entre 1097-1099, l'abbé Étienne fait mettre par écrit le récit des fondations.
L'« abbaye mère » et ses filiales
Dans les années 1120, les nouveaux venus, intégrés dans des établissements géographiquement distants, reçoivent des formations propres à la maison qui les accueille. Pour favoriser la cohésion entre les monastères, Étienne rédige une Charte d'unanimité et de charité. Ce document juridique, règle le contrôle et la continuité de l'administration de chaque maison, définit les rapports des maisons entre elles et assure l'unité de l'ordre. Elle est complétée jusqu'en 1119, puis, remaniée vers 1170 pour donner naissance à la Charte de charité définitive. Par son esprit, elle se détache du modèle clunisien de la familia hiérarchisée en offrant une large autonomie à chaque monastère. Chaque monastère, selon le principe de charité, doit secours aux fondations les plus démunies, les abbayes mères assurant le contrôle et l'élection des abbés au sein des abbayes filles. L'abbé de Cîteaux garde, par ses conseils et dans ses visites, une autorité supérieure. Chaque abbé doit se rendre chaque année à Cîteaux pour le Chapitre général, organe suprême de gouvernement et de justice, autour de la fête de la Sainte Croix (14 septembre), à la suite desquels des statuts étaient promulgués. Cette procédure n’est pas entièrement originale puisqu’elle remonte aussi aux origines de l’ordre de Vallombreuse, mais l’inspiration vient évidemment de la convention entre Molesme et Aulps signée en 1097, sous l’abbatiat de Robert. Depuis la fin du XIIe siècle, le Chapitre est assisté par un comité de définiteurs nommés par l’abbé de Cîteaux, le Définitoire. Les cisterciens acceptent cependant le soutien et le contrôle de l'évêque du lieu en cas de conflit au sein de l'ordre. Ainsi, dès 1120, sur le plan juridique et normatif, l'essentiel de ce qu'est l'ordre repose sur des principes solides et cohérents.
Les sites cisterciens
« Bernardus valles amabat », « Bernard aimait les vallées ». Le choix du site cistercien a souvent répondu à cet adage comme en témoigne la toponymie cistercienne : abbaye de Cîteaux, Clairvaux, Bellevaux, Clairefontaine, Droiteval. La vallée boisée doit contenir, en de vastes étendues, tous les ingrédients qui répondent aux besoins de la vie monastique, sans se trouver trop loin des axes de circulation. Certes, le site doit permettre l'isolement conforme à la vie hors du monde ; de plus, les éventuels rapports avec les seigneurs locaux doivent être pris en compte. Les vallées sont disponibles car peu attractives. Cependant, les cisterciens ne recherchent pas délibérément des paluds insalubres. Les références nombreuses à des « lieux d'horreurs » dans les documents primitifs renvoient à des topoï bibliques. Le site doit présenter des avantages et des ressources suffisantes et souvent le choix initial ne présente pas toutes les caractéristiques requises. Aussi, les fondations sont souvent longues et hasardeuses et la nouvelle abbaye n'est consacrée qu'à la condition que l'oratoire, le réfectoire, le dortoir, l'hôtellerie et la porterie soient bien implantés.
Cîteaux, avant-garde de l'Église
La spiritualité cistercienne, en accord avec l’idéal de pauvreté recherché à l’époque, attire de nombreuses vocations grâce au charisme de Bernard de Clairvaux. L’ordre reçoit aussi de nombreuses donations de petites gens comme de puissants. Parmi ces donateurs, on compte des personnalités de premier plan tels les rois de France, d’Angleterre, d’Espagne ou du Portugal, le duc de Bourgogne, le comte de Champagne, des évêques et archevêques. Cette évolution soutient le développement des filiales de l'ordre qui compte à la mort de Bernard, trois cent cinquante monastères dont soixante-huit établis par Clairvaux. L'expansion se fait par essaimage, par substitution ou par incorporation. Parmi les nouvelles communautés, citons l'abbaye de Noirlac et celle de Fontmorigny dont les bâtiments existent toujours dans le Cher. La ligne de Clairvaux compte jusqu’à 350 monastères, celle de Morimond plus de 200, celle de Cîteaux une centaine, seulement une quarantaine pour Pontigny et moins de vingt pour La Ferté. Dès 1113, les premières moniales sont installées au château de Jully. Elles sont instituées en 1128 à l'abbaye de Tart, dans le diocèse de Langres, et prennent le nom de Bernardines. Les monastères du faubourg Saint-Antoine à Paris et de Port-Royal-des-Champs sont les plus célèbres de ceux qu'elles occupent ultérieurement.
Par suite de l'accroissement de l'ordre, avec la fondation de centaines d'abbayes et l'incorporation de plusieurs Congrégations ( celles de Savigny qui compte trente monastères et d'Obazine du vivant même de saint Bernard ), l'uniformité des coutumes s'altère. En 1354, l’ordre compte 690 maisons d’hommes et s'étend du Portugal à la Suède, de l'Irlande à l'Estonie et de l'Écosse jusqu'en Sicile. La concentration est cependant la plus dense en terre française et plus particulièrement en Bourgogne et en Champagne.
Les moniales cisterciennes
Vers 1125, des moniales bénédictines quittent leur prieuré de Jully-les-Nonnains et s'installent à l'abbaye de Tart, sollicitant la protection de l'abbé de Cîteaux, Étienne Harding qui l'accorde en 1132. Puis, d'autres monastères se créent et s'incorporent à l'ordre. Le Tart, abbaye-mère, tient chaque année le chapitre général des abbesses. Vers 1200, on recense dix-huit monastères de cisterciennes en France. Puis, au cours du XIII ème siècle, les moniales créent des abbayes en Belgique, Allemagne, Angleterre, Danemark, Espagne. Certaines de ces fondations espagnoles existent encore aujourd'hui, comme le Monastère royal de las Huelgas de Burgos, créé en 1187 par Alphonse VIII de Castille, qui reste affilié au spirituel à l'ordre de Cîteaux. Les moniales cisterciennes, principalement au XIII ème siècle, ont compté plusieurs saintes comme Sainte Lutgarde en Belgique, Sainte Hedwige en Pologne, les saintes Gertrude de Helfta et Mathilde de Magdebourg, toutes deux du couvent de Helfta, en Saxe, haut-lieu de la mystique rhénane ( Un des nombreux monastères féminins qui suivaient les usages de Cîteaux sans être juridiquement affiliés à l'Ordre : car celui-ci redoutait de devoir fournir des aumôniers à trop de maisons de moniales ). Parmi les mystiques cisterciennes, on peut nommer Béatrice de Nazareth ( 1200 – 1261 ), ou encore Sainte Julienne du Mont-Cornillon ( 1191 - 1254 ), qui fut l'instigatrice de la fête du saint Sacrement, fête instituée dans l'Église par le pape Urbain IV en 1268.

L’apogée politique au XIII ème siècle

Avec saint Bernard qui intervient directement en qualité d'arbitre, de conseiller ou de guide spirituel dans les grandes questions du siècle, l'ordre cistercien joue le rôle de gardien de la paix religieuse. Avec le soutien de la papauté, des rois et des évêques, l’ordre rayonne. Les autorités laïques et ecclésiastiques souhaitent qu'il insuffle son esprit dans l'Église. Par exemple, Pierre, abbé de la Ferté, est porté à la dignité épiscopale vers 1125. L'ordre semble devoir jouer un rôle nouveau dans la société. Au douzième siècle, l’ordre cistercien exerce donc une grande influence politique. Bernard de Clairvaux pèse sur le choix du pape Innocent II en 1130 puis sur celui d’Eugène III en 1145. Cet ancien abbé cistercien prêche à sa demande pour la deuxième croisade qui emmène en Terre sainte Louis VII et Conrad II. C’est Bernard qui fait reconnaître l’Ordre du Temple. Au XII ème siècle l’ordre fournit à l’église 94 évêques et le pape Eugène III. Cette expansion assure aux Cisterciens une place prépondérante non seulement au sein du monachisme européen mais aussi dans la vie culturelle, politique et économique. Bernard, maître à penser de la Chrétienté, appelle les seigneurs à la reconquête de la Terre sainte le 16 février 1147 ; les Cisterciens prêchent lors de la troisième croisade (1188-1192), certains frères y participent personnellement. L'ordre se manifeste lors de l'évangélisation du Midi de la France et dans la lutte contre les Cathares, dont la doctrine est condamnée et combattue par l'Église. Arnaud Amaury, abbé de Cîteaux, est nommé Légat par le pape et organise la croisade contre les Albigeois. Les cisterciens précèdent les Dominicains sur ces territoires, y assurent la prédication et organisent la répression de l'hérésie. Ils se voient chargés de missions de christianisation, protégés par le bras séculier, pénètrent en Prusse et dans les provinces baltes. Défenseur des intérêts du Saint-Siège, ils prennent parti dans les querelles entre le Pape et l'Empereur, les Cisterciens soutenant les visées théocratiques du pontife. Cette crise renforce, sur un plan institutionnel, l'ordre qui cherche à gagner en cohérence. À la faveur de ces nouvelles prérogatives, une nouvelle communauté voit le jour, qui s'éloigne du modèle créé par les pères fondateurs, mais qui n'est ni perverse ni pervertie : c'est la seconde période cistercienne. En 1334, un cistercien, ancien abbé de l'abbaye de Fontfroide, accède à la dignité papale sous le nom de Benoît XII. Sous son pontificat, l'ordre gagne en cohérence et conçoit une nouvelle organisation en 1336, sous la forme de la Constitution Benedictina. Le Chapitre général exerce dorénavant un contrôle plus étroit sur la gestion des finances et des biens fonciers des abbayes, charge qui auparavant relevait du seul pouvoir de l'abbé. L'ordre, fidèle à l'esprit des premiers temps, apparaît ainsi dans la première moitié du XIV ème siècle comme jouissant d'un ascendant sur l'ensemble de la Chrétienté.

Décadence de l'Ordre

Fort de nombreuses adhésions et donations, mais aussi grâce à une parfaite organisation et une grande maîtrise technique et commerciale dans une Europe en pleine expansion économique, l'ordre devient vite un acteur de premier plan dans tous les secteurs. Mais l'extraordinaire succès économique de l'ordre au XII ème siècle finit par décliner. Les abbayes recourent au fermage ou au métayage, alors qu'à l’origine, c'était par le travail manuel des convers qu'elle exploitait ses terres. Le développement économique est peu compatible avec la vocation initiale de pauvreté qui a fait le succès de l’ordre au XII ème siècle, aussi les vocations diminuant, il devient de plus en plus difficile de recruter des convers. Les cisterciens recourent alors de manière croissante à une main d’œuvre salariée en contradiction avec les préceptes originaux de l’ordre. Si l'ordre garde au XIV ème siècle une réelle puissance économique, il est confronté à la crise économique qui commence et s’aggravera avec la Guerre de Cent ans. Beaucoup d’abbayes s’appauvrissent. Si les monastères cisterciens profitent, durant la Guerre de Cent Ans, de leur relative autonomie, les conflits endommagent nombre d'établissements. En particulier, le royaume de France est mis en coupe réglée par les chefs de guerre. En 1360, les frères de Cîteaux doivent trouver refuge à Dijon. Le monastère est livré au pillage en 1438. Frappées par la désaffection et l’effondrement démographique consécutif à la guerre et à la Grande peste, les communautés dépérissent. Au XVI ème siècle l’abbaye de Vauluisant ne compte plus que dix moines. Enfin, au XIII ème siècle, avec le développement des villes et des universités, les cisterciens, principalement installés dans des endroits reculés, perdent leur influence intellectuelle au profit des ordres mendiants qui prêchent dans les villes et donnent aux universités leurs plus grands maîtres. Le Grand schisme d'Occident porte un second coup à l'ordre. D'une part, l'exacerbation des particularismes nationaux nuit à l'unité ; d’autre part, les deux papes rivalisent de générosité pour s'assurer le soutien des monastères, ce qui porte un préjudice considérable à l'uniformité de la règle. Les suites du Schisme et en particulier les guerres hussites, sont particulièrement douloureuses aux monastères situées aux confins orientaux de l'Europe. Les abbayes de Hongrie, de Grèce et de Syrie sont détruites lors des conquêtes ottomanes. La tenue d'un Chapitre général plénier devient dans ces conditions de plus en plus difficile du fait des conflits armés mais aussi des distances qui séparent les différentes communautés. En 1560, seul treize abbés y sont présents. Les mutations médiévales et les crises politiques et religieuses des XIV ème et XV ème siècles obligent l'ordre à changer. Le clergé et le pouvoir royal français critiquent de plus en plus violemment ses privilèges. Au XV ème siècle, des obédiences nouvelles voient le jour et des efforts sont faits pour conserver l'unité originelle et restaurer l'édifice cistercien. Les XV ème et XVI ème siècles apparaissent dès lors comme une période d'essor des congrégations au sein de l'ordre. Avec la multiplication des propriétés foncières, d'autres dérives voient le jour dès le XV ème siècle : abbés absents ou mondains, ou encore mode de vie seigneurial de plus en plus marqué. L'introduction du système de la « commende » au Moyen Âge tardif par lequel le roi nomme un abbé laïc dont le premier souci est souvent d’en tirer le maximum de bénéfices financiers, ne fait qu'accentuer cet état de fait. La papauté d'Avignon décide de changer le mode d'élection des abbés, désormais non plus élus par leur communauté, mais nommés par les princes ou le souverain pontife. Le recrutement se fait de plus en plus au sein de prélats séculiers, loin des préoccupations monastiques mais soucieux des revenus abbatiaux. Ce système de commende se montre particulièrement désastreux dans les espaces français et italiens, espaces qui connaissent au XVI ème siècle une détérioration rapide des bâtiments cisterciens. Le laxisme gagne les abbayes. Les régions orientales d'Occident et de la péninsule ibérique ne connaissent pas la même situation. Les bâtiments de Bohème, Pologne, Bavière, Espagne et Portugal sont gagnés par un mouvement de reconstruction d'inspiration baroque. Toutefois, certaines volontés de réformes se font jour dans le royaume de France. Le Chapitre général de 1422 se montre clair sur la question : « Notre Ordre, dans les différentes parties du monde où il se trouve répandu, apparaît comme déformé et déchu en ce qui touche à la discipline régulière et à la vie monastique. » Le système des visites est restauré. L'urgence de la réforme apparaît bientôt à l'ordre tout entier. Une Rubrique des définiteurs est promulguée en 1439 pour rappeler les exigences de la vie monacale, les diverses interdictions vestimentaires et alimentaires et la nécessité de dénoncer les pratiques abusives. Le Saint-Siège décide dans ces mêmes années d'abolir la pratique commanditaire. C'est dans ce contexte qu'un mouvement de réaffirmation de la discipline et des exigences spirituelles se développe aux Pays-Bas, en Bohème, puis en Pologne avant de gagner l'Europe entière. Des monastères se réunissent localement, sous l'impulsion des communautés ou du pouvoir pontifical, pour former des congrégations de plus en plus autonomes du Chapitre général. Jean de Cirey, abbé de Cîteaux, retrouve cependant, à la faveur de la reconquête de la Bourgogne par Louis XI, son rôle de chef de l'ordre, rôle qu'il avait perdu depuis le Grand Schisme. Il réunit les plus influents abbés au Collège des Bernardins en 1494, où sont promulgués les articles réformateurs dits « de Paris ». Si ces derniers sont bien accueillis, la réforme est cependant peu perceptible et reste souvent le fait d'initiatives individuelles éphémères. Le mouvement de réforme protestante touche les communautés du nord de l'Europe et les princes gagnés à la Réforme confisquent les biens de l'ordre. Les monastères anglais, puis écossais et enfin irlandais le sont entre 1536 et 1580. Plus de 200 établissements disparaissent avant la fin du XVII ème siècle. Comme l'Angleterre et les États germaniques sont passés à la Réforme, l'ordre pour deux siècles n'existera plus que dans le royaume de France.

La Contre-Réforme

Avec le mouvement de réforme catholique, l'ordre cistercien connaît de profondes modifications. L'organisation se fait provinciale, au lieu de centrale. Des Congrégations, aux liens ténus ou inexistants avec la maison mère et le Chapitre général, fleurissent dans l'Europe entière. En France, une réforme originale voit le jour sous l'impulsion de l'abbé Jean de la Barrière (1544 - 1600). L'ancien commendataire du monastère des Feuillants en Haute-Garonne, fonde la congrégation des Feuillants, approuvée par Sixte V dès 1586. Il établit une tradition d'une particulière austérité dans sa communauté par un retour à l'idéal primitif cistercien. Il trouve des imitateurs en Italie et au Luxembourg. Le Chapitre général, dans ces conditions, devient une institution caduque. On ne compte qu'une seule de ses réunions de 1699 à 1738. En définitive, cet état de fait profite à l'abbé de Cîteaux, seule autorité présentant aux yeux du monde un gage de visibilité, qui dans les sources est souvent décrit comme « abbé général ». En 1601, un noviciat commun est imposé pour maintenir une discipline unique et pour pallier les difficultés de recrutement. Au XVII ème siècle, l'histoire de l'ordre est troublée par un conflit que l'historiographie a retenu sous le nom de « guerre des Observances » qui s'étend de 1618 aux premières années du XVIII ème siècle. Il suscite de nombreuses polémiques au sein de la famille cistercienne. Ce conflit repose, en apparence du moins, sur les respects d'obligations régulières - en particulier l'abstention de consommation de viande. En réalité, c'est bien l'acceptation ou le refus de l'ascétisme qui est en jeu. La controverse se double de conflits locaux entre les monastères rivaux. À l'origine, suivant l'exemple d'Octave Arnolfini, abbé de Châtillon, et d'Étienne Maugier, Denis Largentier introduit une réforme d'une grande austérité à Clairvaux et au sein de ses filiales entre 1615 et 1618. Puis, devant le Chapitre général en 1618, une proposition de généralisation est présentée puis adoptée. C'est là l'acte de naissance de l'Étroite Observance soutenue par Grégoire XV. Mais, après la tenue d'une assemblée, la congrégation soulève contre elle le mécontentement de l'abbé de Cîteaux, Pierre de Nivelle, qui s'empresse de dénoncer « une prétendue congrégation qui tend à la division, à la séparation et au schisme. En 1635, le cardinal de Richelieu convoque un chapitre « national » à Cîteaux à l'issue duquel Pierre de Nivelle est contraint d'abdiquer. Les deux parties finissent par disposer de structures administratives propres ; mais si l'Étroite Observance conserve le droit d'envoyer dix abbés au Définitoire, elle reste soumise à Cîteaux et au Chapitre général. L'expérience d'Armand de Rancé à l'abbaye de la Trappe, par son influence, reste emblématique de l'exigence de la stricte observance et des visées réformatrices. Son influence au sein de son monastère comme dans le monde en fait un modèle de vie monastique du « Grand Siècle ».

Un siècle d'érrance

Dans la seconde moitié du XVIII ème siècle, des critiques virulentes sont énoncées à l'encontre du monachisme. En France, l'ordre est profondément ébranlé en cette fin de siècle où les vocations se font rares et où l'engouement pour un monachisme austère a fait place à une vie monastique beaucoup moins exigeante mais plus exposée aux critiques, même si on détecte encore des foyers de ferveur et de fidélité aux origines. En 1782, à l'initiative de Joseph II d'Autriche, une éphémère Congrégation belge voit le jour avant que les Cisterciens soient chassés de ses terres l'année suivante. En février 1790, l'Assemblée nationale française vote la suppression de l'ordre pour motif d'inutilité. Au lendemain de la Révolution française ne subsiste en Europe qu'une douzaine d'établissements cisterciens. La Stricte Observance se relève en Suisse, au sein de la chartreuse de La Valsainte après avoir été chassée de La Trappe qui n'est restaurée qu'après la défaite de Napoléon. Les abbayes rescapées des guerres et des expulsions commencent à recréer des liens, à restaurer les Congrégations. La destruction de l'abbaye de Cîteaux a privé l'ordre de son chef naturel et le renforcement des nationalismes en Europe ne facilite pas la recherche d'une solution commune. Une première réunion d'abbés cisterciens se tient à Rome en 1869. En 1891, un abbé général est élu : Dom Wackarz, abbé de Vissy Brod (empire austro-hongrois). Il porte par la suite le titre de président général de l'ordre cistercien. En France, les trappistes se réunissent en 1892 sous l'appellation « Cisterciens réformés de Notre-Dame de la Trappe ». À partir de 1898, les chapitres généraux se tiennent à Cîteaux, récemment récupéré. L'abbé général est installé à Rome.

Résurgence au XX ème siècle

En 1902, les trappistes deviennent l'ordre des Cisterciens réformés ou de la stricte observance. Au cours du XIX ème siècle, les trappistes fondèrent de nombreux monastères au Canada, aux États-Unis, en Australie, en Syrie, en Jordanie, en Afrique du Sud et jusqu'en Chine. Au XX ème siècle, l'ordre a essaimé largement hors d'Europe. Le nombre de monastères a doublé pendant les 60 dernières années : de 82 monastères en 1940 à 127 en 1970, et à 169 en 2008. Il n’y a qu’un seul monastère de l’ordre en Afrique, six en Asie ou au Pacifique et aucun en Amérique latine dans les années quarante. De nos jours, il y en a dix-sept en Afrique, treize en Amérique Latine et vingt trois en Asie. L'ordre cistercien s'est implanté dans les pays en voie de développement en particulier au Brésil, au Nigéria, en Éthiopie ainsi qu'au Vietnam. Parfois dans des pays instables : en 1996, pendant la guerre civile algérienne, sept moines du monastère de Tibhirine en Algérie sont enlevés et séquestrés pendant deux mois avant d'être retrouvés morts le 21 mai. L'expansion de l'ordre est cependant plus géographique que quantitative : pendant ces mêmes 60 ans, le nombre total de moines et de moniales dans l’ordre a diminué de 15%. Il y a actuellement dans le monde environ 2500 moines trappistes et 1800 moniales trappistines. Cela fait une moyenne de 25 membres dans chaque communauté, soit moitié moins qu’auparavant. Aux côtés des Cisterciennes officiellement incorporées à l'une ou l'autre des deux branches, nombreuses sont les communautés de femmes, vivant dans une mouvance spirituelle cistercienne, qui se regroupent en ordre ou congrégation : bernardines d'Esquermes, bernardines d'Oudenaarde, bernardines de Suisse romande.


3) Les Chartreux

Milice du Christ du Portugal ’ordre des Chartreux a été fondé par saint Bruno, en 1084. Né à Cologne, Bruno ( 1032-1101 ) vient étudier à l’école cathédrale de Reims. Promu docteur, chanoine du chapitre cathédral, il est nommé en 1056 écolâtre, c’est-à-dire responsable et maître d’école du chapitre cathédral. A cette époque Reims est une cité où les motifs de scandale ne font pas défaut du côté du haut clergé et de l’évêque lui-même. Après avoir lutté, non sans succès, contre ces désordres, Bruno ressent le désir d’une vie plus tournée vers Dieu. Après un essai de vie solitaire de courte durée, il vient dans la région de Grenoble, où l’évêque, le futur saint Hugues, lui offre un lieu solitaire dans les montagnes de son diocèse. Au mois de juin 1084, l’évêque en personne conduit Bruno et ses six compagnons près de Grenoble dans la vallée sauvage de Chartreuse qui donnera à l’ordre son nom. Ils y installent leur ermitage, formé de quelques cabanes en bois s’ouvrant sur une galerie qui permet d’accéder, sans trop souffrir des intempéries, aux lieux de réunion communautaire : l’église, le réfectoire, la salle du chapitre. Après six ans de paisible vie solitaire, Bruno est appelé par le pape Urbain II, un de ses anciens élèves de l’école cathédrale de Reims. Conseiller du pape, Bruno n'est pas à l’aise à la cour pontificale. Il ne demeure que quelques mois à Rome. Avec l’accord du pape, il établit un nouvel ermitage dans les forêts de Calabre dans le sud de l’Italie, avec quelques compagnons. C’est là qu’il meurt le 6 octobre 1101.

Un ordre millénaire

À partir de 1140, sous le priorat d’Anthelme, l’ordre des chartreux prend place dans les grandes institutions monastiques du Moyen Âge. A la même époque, les moniales de Prébayon (Vaucluse) décident d’embrasser la règle de vie des chartreux. Le 900 ème anniversaire de la fondation célébré en 1984, dénombre vingt-quatre maisons de chartreux ( avec environ 370 moines ) et cinq maisons de chartreuses totalisant 75 moniales. Ces dernières se trouvent en France, en Italie et en Espagne. Les maisons de moines sont situées en Europe, aux États-Unis et en Amérique latine, dont l’une en cours de fondation en Argentine et une autre en Corée.

Le gouvernement de l’ordre

L’autorité suprême de l’ordre cartusien appartient au Chapitre Général, qui se réunit tous les deux ans à la Grande Chartreuse, « mère et source de tout l’ordre ». C’est sous l’empire de ce chapitre que sont élus les prieurs, au nombre de huit ( c’est-à-dire les supérieurs des maisons ), qui constituent l’exécutif. L’Assemblée plénière est l’organe législatif. Entre deux chapitres, l’ordre est gouverné par le prieur de la Grande Chartreuse que l’on nomme le « Révérend Père », assisté d’un conseil. Un dernier élément très important du gouvernement cartusien est l’institution des visiteurs : tous les deux ans, chaque maison est visitée par deux Pères, habituellement prieurs d’autres chartreuses.

Les statuts de l’ordre

Bruno fut pour ses frères un vivant modèle, mais il n’a rédigé aucune règle monastique pour eux. Lui et ses premiers successeurs « élaborèrent un style propre de vie érémitique, transmis aux générations suivantes, non par l’écrit, mais par l’exemple. » C’est Guignes qui consigna par écrit les Coutumes en usage à la Grande Chartreuse vers 1127 : c’est là le premier texte de la règle cartusienne. L’ordre des chartreux est le seul ordre qui a vécu tel qu’il a été fondé en 1084. Cependant, au fil du temps, des additions ou modifications se sont avérées nécessaires. Il fallait s’adapter à des conditions nouvelles de temps et de lieux. Très tôt, les chartreux ont appelé leur règle de vie, les Statuts. Ceux-ci constituent une véritable somme de spiritualité monastique et sont la transmission d’une voie de prière conduisant à la contemplation ou la « connaissance savoureuse » de Dieu, à laquelle leur vie est entièrement consacrée. Ainsi, au même titre que les bénédictins, cisterciens, trappistes, visitandines, carmélites, l’ordre des chartreux est un ordre contemplatif. Le but de ces ordres monastiques est une vie dans l’union à Dieu : « une union aussi profonde et aussi continuelle que possible qui s’achèvera au ciel dans la vision de Dieu », d’où le nom de « vie contemplative ». Ce qui rapproche ces communautés, c’est une même quête de la paix divine dans le renoncement au monde et l’éloignement résolu de toutes ses tentations. Les chartreux partagent certaines valeurs monastiques avec les autres moines contemplatifs, par exemple : l’ascèse ( veilles et jeunes ), le silence, le travail, la pauvreté, la chasteté, l’obéissance, l’écoute de la Parole, la prière, l’humilité. D’autres spécificités lui sont propres : en tant qu’ordre purement contemplatif, leur vie quotidienne est régie par la solitude et le silence presque absolu. Alors que les moines bénédictins ne sont jamais seuls, les chartreux souhaitent l’être, partout et presque toujours. L’architecture du monastère chartreux, cellules autour d’un cloître, est commandée par l’exigence d’une extrême solitude.

La contemplation

Découvrir l’immensité de l’amour par la prière pure et continuelle. Toute la vie monastique consiste donc pour le moine chartreux à se fortifier par la méditation assidue de l’Écriture dans la recherche de Dieu seul. Toutefois, ce qui distingue le chartreux des autres moines contemplatifs, c’est le chemin emprunté pour y parvenir :
- la vocation de solitude, première caractéristique essentielle de la voie cartusienne
- un certain dosage de vie solitaire et de vie communautaire
- la liturgie cartusienne.

La solitude

La solitude est tripartite : la séparation du monde, la réclusion de la cellule, la solitude intérieure, ou la solitude du cœur. Le silence n’est pas une fin en soi, mais dans l’intimité de la cellule, c’est un silence partagé avec Dieu. Le moine chartreux cherche Dieu dans la solitude de la cellule. Les moines ne sortent du monastère que pour la promenade hebdomadaire. Ils ne reçoivent pas de visites et n’exercent aucun apostolat à l’extérieur, ni prêche. Ils n’ont ni radio ni télévision dans le monastère. C’est le prieur qui reçoit les nouvelles et transmet aux moines ce qu’ils ne doivent pas ignorer. Ainsi se trouvent réunies les conditions nécessaires pour que se développe le silence intérieur qui permet à l’âme de rester attentive à la présence de Dieu. La cellule est un ermitage aménagé pour assurer au chartreux une solitude aussi complète que possible, tout en lui assurant les nécessités de la vie. Chaque cellule est composée d'un pavillon à étage entouré d’un jardinet, où le moine demeure seul la plus grande partie de la journée, pendant toute sa vie. La clôture et la garde de la cellule n’assurent encore qu’une solitude extérieure. Ce n’est là qu’un premier pas qui cherche à favoriser la solitude intérieure, ou pureté du cœur : tenir son esprit éloigné de tout ce qui n’est pas Dieu. Aussi longtemps que le moine discute avec son « moi », ses sensibilités, son imagination, ses pensées, ses désirs irréels, il n’est pas encore centré sur Dieu. C’est ici qu’il fait l’expérience de sa fragilité et de la puissance de l’Esprit et qu’il apprend peu à peu « l’habitude de l’écoute tranquille du cœur qui permet à Dieu d’y pénétrer par tous les chemins et tous les accès. » Les personnes extérieures à l’ordre ne sont pas admises à participer aux offices célébrés à l’église des monastères. En raison de la vocation de solitude, l’accueil des membres les plus proches de la famille est limité à deux jours par an et les moines ne peuvent recevoir que quatre lettres par an.

Vie solitaire et vie communautaire

L’originalité de la Chartreuse réside dans la vie commune indissolublement liée à la solitude. Ce fut le trait de génie de Bruno, inspiré par l’Esprit saint, d’avoir dès l’origine su allier une juste proportion de vie solitaire et de vie commune, de manière à faire de la Chartreuse une communion de solitaires pour Dieu. En principe, une communauté de chartreux comprend douze moines, treize avec le prieur. Mais plus tard, certaines doublèrent leurs effectifs, ainsi la Grande Chartreuse qui, au début du XIV ème siècle, porta son effectif à vingt-quatre moines – actuellement il est de trente-deux moines. Les moines ne se retrouvent qu’au moment de la messe, des matines, des laudes et des vêpres. Ils ne se réunissent dans la salle capitulaire que le dimanche matin. La vie communautaire se concrétise quotidiennement par la liturgie chantée à l’église trois fois par jour, et toutes les semaines par des réunions de la communauté : le dimanche, lors du repas de midi pris en silence au réfectoire et l’après-midi pendant la récréation hebdomadaire ( lecture, travail ou repos ). Le lundi, une longue promenade de quatre heures environ, durant laquelle les moines peuvent parler, leur permet de mieux se connaître. Ces récréations ont pour but d’entretenir l’affection mutuelle et de favoriser l’union des cœurs, tout en assurant une bonne détente physique. Une communauté cartusienne est constituée de moines du cloître, prêtres ou moines destinés à devenir pères et des moines convers frères. Les moines du cloître vivent une solitude plus stricte. Ils ne sortent pas de leur cellule en dehors des occasions prévues par la règle, ordinairement trois fois par jour pour la liturgie, un peu plus souvent le dimanche. Ils s’y occupent par la prière, la lecture, et le travail ( sciage de bois, jardinage, écriture, artisanat… ). Les frères ou moines convers assurent par leur travail hors de cellule les divers services de la communauté ( cuisine, menuiserie, buanderie, exploitation forestière… ). Il s’agit d’un idéal unique, vécu de deux façons différentes. Les frères aussi travaillent en silence et en solitude. Ils ont leur part de vie de cellule, mais plus réduite que celle des pères. C’est pourquoi ils habitent des cellules plus petites. Les deux formules se complètent pour constituer la communauté chartreuse. Les frères appartiennent à deux catégories, celle des religieux appelés convers ( qui font exactement les mêmes vœux que les pères ) et celle des donnés. Les donnés sont des moines qui ne prononcent pas de vœux mais, pour l’amour du Christ, se donnent, s’engagent dans l’ordre. Ils ont des coutumes propres qui diffèrent de celles des convers : leur assistance aux offices, notamment à l’office de la nuit, est moins stricte, ils sont astreints à moins de prières vocales, etc. S’ils vivent sans avoir rien en propre au monastère, ils conservent la propriété et la disposition de leurs biens. Au bout de sept ans, ils peuvent s’engager définitivement ou entrer dans un régime de renouvellement triennal de leur « donation ».

Caractéristiques de la liturgie

Dès leur arrivée en Chartreuse, Bruno et ses compagnons constituèrent une liturgie particulière adaptée à leur vocation érémitique et à la dimension réduite de leur communauté. Au cours des siècles, les moines chartreux ont veillé à conserver cette liturgie propre, accordée à leur vie solitaire et contemplative. En comparaison avec la liturgie romaine, le rite cartusien se caractérise par une grande simplicité et une sobriété au niveau des formes extérieures, qui favorisent l’union de l’âme avec Dieu, par-delà les expressions visibles et sensibles. Voici quelques éléments de cette liturgie : de nombreux temps de silence, l’interdiction de tout instrument de musique, le chant grégorien porteur d’intériorité. La célébration quotidienne du sacrifice eucharistique est le centre et le sommet de la vie communautaire : chaque jour les moines se rassemblent pour célébrer l’Eucharistie. Celle-ci ne peut être concélébrée que les jours où la vie cartusienne revêt un caractère communautaire : dimanches et grandes fêtes. Les autres jours il n’y a qu’un seul célébrant à l’autel, et la prière eucharistique est dite à voix basse. La communauté participe à cette liturgie eucharistique par le chant grégorien, la prière intérieure et la communion. À un autre moment de la journée, chaque moine-prêtre célèbre le sacrifice eucharistique dans une chapelle solitaire. Un autre temps fort de la journée liturgique est celui de l’office célébré à l’église au milieu de la nuit ( matines et laudes ) : durant deux ou trois heures, suivant les jours, alternent chant de psaumes et lectures de l’Écriture sainte ou des Pères de l’Église, temps de silence et prières d’intercession. Les chartreux aiment particulièrement ce long office de nuit dans l’obscurité où la prière procure un bien-être spirituel et où chacun, uni à tous ses frères, mais néanmoins d’une manière personnelle, peut vivre une intense et profonde communion avec Dieu. Le chant noté ( antiennes, répons, hymnes, propre de la messe ) est toujours en latin, selon les mélodies grégoriennes propres aux chartreux. Certaines maisons de l’ordre chantent la psalmodie en vernaculaire, d’autres en latin. Les lectures sont en principe en vernaculaire. En cellule, on peut dire l’office en latin ou en vernaculaire. Vers la fin de la journée les moines se retrouvent de nouveau à l’église pour célébrer l’office des vêpres. Grâce à la liturgie, la Chartreuse ne reste pas un groupement de solitaires isolés entre eux, elle devient une véritable communauté.

Un rôle de louange et d’intercession

L’individu hors du monde est amené à inclure le monde et à le transformer grâce aux valeurs mêmes du renoncement. En dehors de l’office divin, les chartreux récitent chaque jour en cellule l’office de la Vierge Marie et une fois par semaine un office spécial à l’intention des défunts : ils intercèdent alors auprès de Dieu « pour qu’il accueille dans son Royaume tous ceux qui ont quitté cette vie ». Le chartreux n’a pas choisi la solitude pour elle-même, mais parce qu’il voyait en elle un excellent moyen de parvenir à une plus grande union avec Dieu et avec tous les hommes. Ils accomplissent une fonction essentielle de la communauté ecclésiale : la glorification de Dieu. Le chartreux se retire au désert avant tout pour adorer Dieu, le louer, le contempler, se laisser séduire par lui, se donner à lui, au nom de tous les hommes. Depuis toujours l’Église reconnaît que les moines voués à la seule contemplation remplissent un rôle d’intercession. Représentants de toute la création, chaque jour, à tous les offices liturgiques et lors de la célébration de l’Eucharistie, ils prient pour tous les vivants et tous les défunts et ainsi les associent à l’œuvre rédemptrice du Christ.

L’ordre des chartreux de nos jours

L’ordre des chartreux est un ordre immuable, cependant, il a su s’adapter à une certaine modernité. Depuis le XIX ème siècle la fabrication de la célèbre liqueur, la chartreuse, est une spécialité des moines de la Grande Chartreuse. Cette liqueur est distillée à Aiguenoire à Entre-deux-Guiers en Isère, depuis 2017, en plein cœur du Massif de la Chartreuse, essentiellement sous la supervision des moines de la Grande Chartreuse. Liqueur à très haut degré d’alcool (55° pour la verte), sa vente est la principale ressource financière des chartreux. Seuls deux moines en détiennent la recette : Dom Benoît et Frère Jean-Jacques. Régulièrement cent-trente variétés de plantes sont livrées au monastère. Les moines opèrent un mélange qu’ils répartissent dans des sacs numérotés ( jamais la même numérotation ) de sorte que le secret de la recette reste bien gardé, même pour le personnel de la distillerie qui prend le relais du processus, piloté par les moines. Un million et demi de bouteilles par an sont ainsi produites et entreposées dans les caves à Voiron. Parmi les autres activités du moine, l’activité manuelle, toujours en silence, fait partie du travail quotidien ( ateliers d’artisanat, industrie forestière, scierie ), de même que la maintenance d’une maison d’hôtes qui héberge les familles venues en visite. Au Moyen Âge, la copie des manuscrits était pour les moines une manière de témoigner des Écritures. La Bibliothèque municipale de Grenoble conserve des manuscrits enluminés de la collection du monastère de la Grande Chartreuse, confisquée à la Révolution française. Le cadre de vie du chartreux est très austère, et d’une simplicité qui n’existe nulle part ailleurs. La vie communautaire, à l’abri des crises de la société, lui permet de toucher l’amour de Dieu dans le silence et la beauté du lieu. C’est un choix très ardu que ce renoncement du moine au monde, qui ne va sans doute pas sans quelque souffrance intérieure. Que dire des familles pour qui un enfant, un frère, s’engage dans cette voie ! Cependant, la plupart des moines témoignent de la paix, de la sérénité, de la fraternité qu’ils ont trouvées dans leur vocation par leur union à Dieu.


4) Les Franciscains

Ordre Saint-Jacques de l'épée en Espagne es franciscains, ou frères mineurs, sont l'un des ordres mendiants. Hommes ou femmes, ils se conforment au mode de vie et aux idéaux de François d'Assise (1181-1226). On les reconnaît à leur ceinture de corde à trois nœuds, symbolisant leurs vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. Le premier ordre, réservé aux hommes, se subdivise aujourd'hui en trois branches autonomes. Chacune d'elles a défendu sa position lors de la controverse du XIII ème siècle sur la pauvreté. Au XIV ème siècle , les frères qui exigeaient une stricte observance des règles édictées par le fondateur furent à l'origine de la scission de l'ordre. Celle-ci, consacrée juridiquement en 1517 par le pape Léon X, sépara les observants, appelés aussi franciscains bruns, des conventuels, dits aussi noirs ou cordeliers. Une nouvelle branche, les capucins, vit le jour en 1525. En 1897, les divers groupes d'observants furent réunis en un seul ordre par Léon XIII ( Ordo Fratrum Minorum, OFM ). Cette dernière abréviation sert aussi de préfixe pour les conventuels ( Ordo Fratrum Minorum Conventualium, OFM Conv. ), ainsi que pour les capucins ( Ordo Fratrum Minorum Capuccinorum, OFM Cap ). Le second ordre, qui groupe les femmes, s'inspire de Claire d'Assise (1193-1253) et porte son nom (Ordo Sanctae Clarae, OSCl). Les clarisses ont elles aussi donné naissance à diverses branches (clarisses, clarisses urbanistes, clarisses colettines et clarisses capucines). Le tiers ordre (tertiaires de saint François) est ramifié au point qu'on ne parvient plus à en avoir une vue d'ensemble. Les hommes et les femmes qui en font partie vivent soit comme laïcs dans des associations assez lâches (tertiaires séculiers), soit dans des communautés monastiques (tertiaires réguliers), soit dans des congrégations où l'on prononce des vœux.

Naissance

Fils de commerçant, François d'Assise vécut dans la pauvreté et la pénitence après sa conversion intervenue en 1205. En 1208, quelques compagnons se joignirent à lui. Les frères mineurs se développèrent rapidement et, dès 1217, leur vocation de prédicateurs les entraîna en France, en Espagne et en Palestine. La règle de saint François, approuvée en 1223 par le pape Honorius III, est toujours valable. L'ordre mendiant se trouva dès lors inclus dans la structure hiérarchique de l'Eglise et se rapprocha de la cléricature et de l'université. En 1228, François, mort deux ans plus tôt, fut canonisé par le pape Grégoire IX. La structure hiérarchique de l'ordre se confondit avec son organisation territoriale : gardien pour les couvents, custode pour les custodies, ministre provincial et chapitre provincial pour les provinces, ministre général et chapitre général pour l'ensemble de l'ordre. Les ministres supérieurs sont élus pour une durée déterminée. A l'origine du second ordre, il y a Claire d'Assise. Sous l'influence de François d'Assise, elle se résolut à vivre en pauvreté comme le Christ. En 1212, elle se fit couper les cheveux et donner l'habit par François en signe de consécration. Les "pauvres sœurs" se répandirent dans toute l'Italie et les pays voisins. Leur vie s'inspirait des règles de sainte Claire, interprétées de diverses façons. La curie romaine, qui critiquait la volonté de Claire de pratiquer la pauvreté absolue, favorisa sciemment cette hétérogénéité. A l'encontre de la règle qui incluait le "privilège de pauvreté" accordé par le pape Innocent IV en 1253, Urbain IV ordonna en 1263 un allégement de celle-ci, qui assurait aux couvents de clarisses des biens communs et des revenus réguliers pour assurer leur existence. Chaque monastère est indépendant et dirigé par une abbesse élue pour une durée limitée; il tombe généralement sous la juridiction de l'évêque, relève spirituellement du premier ordre et reconnaît ainsi faire partie de la famille franciscaine. Le tiers ordre naquit à l'origine de communautés de pénitents qui existaient déjà du temps de François d'Assise et qui s'inspirèrent de la spiritualité des différentes branches du premier ordre. Les franciscains se répandirent dans toute l'Europe et dans le monde grâce à leurs activités missionnaires. A la veille de la Révolution française, l'ordre atteignit son maximum de membres (un nombre à six chiffres). Au XIX ème siècle , les suppressions de couvents ( Sécularisation des biens du clergé ) réduisirent de plus des deux tiers l'effectif des premier et second ordres. Pour le premier, une statistique sûre montre qu'en 1762, il comptait 134 721 membres répartis dans le monde entier contre 34 591 en 1860. Les tertiaires réguliers connurent en revanche une énorme augmentation au XIX ème siècle. Au début du XXI ème siècle (2001), 32 414 hommes faisaient partie du premier ordre. Le second ordre comptait 14 500 membres en 1982 et, en 1982, les tertiaires réguliers étaient au nombre de 117 810.

Du Moyen Age à la Réforme

Au bas Moyen Age, les trois ordres étaient établis en Suisse. Débutant vers 1230, leur propagation fut liée à l'essor urbain. Venant du sud, le premier ordre s'installa d'abord au Tessin, puis, du nord, en Suisse allemande et de l'ouest, en Suisse romande. Des couvents s'ouvrirent en 1230 à Lugano (Saint-François) et à Locarno, avant 1238 à Bâle, vers 1240 à Zurich, entre 1251 et 1255 à Berne, après 1252 à Lucerne, avant 1253 à Schaffhouse, en 1256 à Fribourg, vers 1258 à Lausanne, vers 1266 à Genève, vers 1280 à Soleure et à Berthoud, en 1289/1298 à Grandson et en 1295/1296 à Nyon, en 1309 à Königsfelden. Pendant la controverse sur la pauvreté, les couvents qui possédaient des biens choisirent le mode de vie conventuel. Le mouvement des observants eut en Suisse des échos divers. En 1447, le monastère conventuel de Bâle passa aux observants. D'autres furent créés en 1472/1490 à Lugano ( Sainte-Marie-des-Anges ), en 1481/1483 à Bellinzone ( Sainte-Marie-des-Grâces ) et en 1497/1500 à Morges. Le couvent de la Madonna del Sasso à Orselina près de Locarno fut l'unique fondation conventuelle (1481/1497). Les premières clarisses vinrent du nord au XIII ème siècle . Sept couvents de diverses origines furent créés. En 1253/1257, le monastère du Paradies, fondé à Constance avant 1250, fut transféré à proximité de la ville de Schaffhouse. D'autres suivirent, d'abord celui de Sainte-Claire à Bâle, au Spalen (1266), dont les nonnes furent déplacées en 1279 vers le Petit-Bâle, puis la communauté de sœurs de Gnadental en 1279/1289 et enfin le couvent double de Königsfelden en 1309. Le mouvement d'observance donna naissance en Suisse romande au XV ème siècle, après la réforme de sainte Colette de Corbie, à des couvents de colettines à Vevey (1422/1424), Orbe (1426/1430) et Genève (1474). En Suisse alémanique, seul le couvent bâlois de Gnadental passa à l'observance en 1447. Les tertiaires régulières des couvents du Muotathal (1288), de Soleure (Saint-Joseph en 1345) et de Bremgarten (1392) relevaient de la province conventuelle de Strasbourg. Quelques-unes des nombreuses communautés de tertiaires de Suisse alémanique furent transformées en couvents à la suite de la réforme tridentine. Les couvents entretenaient d'étroites relations avec la noblesse et les dynastes. En Suisse alémanique, les Kibourg et les Habsbourg fondèrent plusieurs monastères pour renforcer leur puissance territoriale. Königsfelden était le lieu de sépulture des Habsbourg. Quelques-uns des couvents de Suisse romande furent des fondations des maisons de Bourgogne, de Savoie, de Bourbon et de Chalon, qui s'y faisaient enterrer. La majeure partie des franciscains accueillit avec scepticisme et même hostilité la Réforme, ce qui fut fatal aux établissements des territoires de la Confédération qui passèrent au protestantisme.

Temps modernes

La Réforme amena la disparition de la plupart des couvents des premier et second ordres. Des anciennes fondations, il ne subsista que les établissements tessinois et les couvents conventuels de Lucerne, Fribourg et Soleure, et les clarisses de Paradies. Furent ensuite créés le couvent conventuel de Werthenstein en 1630 et, en 1747, le couvent des clarisses capucines de Saint-Joseph de Lugano, issu de la branche réformée du second ordre. A l'exception de ce dernier et du couvent de Fribourg, ainsi que des couvents de tertiaires de Soleure (Saint-Joseph) et du Muotathal, tous les couvents disparurent au XIX ème siècle . avant et pendant le Kulturkampf. Quant aux capucins, ils survécurent avec un minimum de pertes à ce siècle hostile au monachisme, surtout en raison de la réforme de leur ordre engagée au XVIe s. et poursuivie jusqu'au XX ème siècle . En 2004, la province suisse des capucins comptait 256 membres et 28 établissements. La présence des conventuels à Fribourg est continue depuis 1256; après la séparation d'avec la province de Strasbourg, ils formèrent en 1972 une province autonome qui inclut, outre le couvent des cordeliers de Fribourg, quatre fondations nouvelles (1972). En raison du recul de leurs effectifs, ils dépendent directement du maître général à Rome et forment juridiquement une délégation générale (20 membres en 2004). Les franciscains (OFM) de la province de Toulouse immigrés en Suisse en 1902 formèrent en 1985 la province suisse avec des établissements à Fribourg (1902), Lugano-Loreto (1904), Werd près d'Eschenz (1957) et Zurich (1970). En 1986, elle prit en charge le couvent de capucins de Näfels. En 2004, cette province comptait 30 membres. Le second ordre est à nouveau présent avec l'établissement de colettines à Jongny (1979) et de clarisses à Cademario (1992). Dans le tiers ordre, parmi diverses autres tertiaires régulières, les capucines cloîtrées se répandirent dès le XVII ème siècle . et, parmi les congrégations, depuis le milieu du XIX ème siècle ., il faut mentionner surtout les sœurs de Baldegg, d'Ingenbohl et de Menzingen. Premier, second et tiers ordres ont des activités très diverses qui vont de la charge d'âme aux missions, en passant par Caritas, le service social et scolaire, les sciences et les médias.


5) Les Dominicains

Ordre de Montesae u début du XIII ème siècle, Dominique de Caleruega ( Dominique de Guzmán ), est chanoine dans la région de La Castille, en Espagne, lorsque son évêque, Diègue d’Osma, lui demande de l’accompagner dans une mission diplomatique au Danemark. Au retour, passant par le Languedoc, l’évêque que nombre de Catholiques se sont rapprochés du catharisme, une religion très à la mode qui veut en découdre avec le Catholicisme. Diègue abandonne toutes ses affaires pour essayer de convertir les cathares. Sur le modèle de la prédication itinérante de Jésus, Diègue et Dominique rencontrent ces convertis et les écoutent. Au décès de l’évêque, Dominique va prendre le relais et, pour ce faire il s’installe dans la région de Toulouse avec les premiers frères et les moniales. Pour regrouper des femmes qui ont quitté les cathares, Dominique les rassemble en communautés de moniales. En 1215, à Toulouse, Dominique va créer une première communauté de frère. Le premier nom de l’Ordre est l’Ordre des Prêcheurs, la référence à saint Dominique s’imposera plus tardivement. En L’Eglise est, à cette époque, principalement implantée dans les campagnes avec les abbayes Bénédictines. Dominique désire développer une présence Catholique dans les nouvelles villes du Moyen-Age. Des rivalités vont apparaître, entre les dominicains qui prône la prédication et les franciscains ( des moines travailleurs et savants, qui sont peu ouvert au monde ). L’Ordre des Prêcheurs se développe très rapidement. Dès 1217, Dominique envoie des frères fonder des couvents dans plusieurs villes de France, d’Espagne et en Italie. Des villes qui comptent des universités parmi les plus prestigieuses au monde, comme Paris ou Oxford, ont été choisies par Dominique pour qu’il y ait une présence de l’Eglise dans les universités. Les nouveaux couvents comportent régulièrement des studiums et une bibliothèque, avec l’objectif de donner la liberté à chacun d’étudier selon ses capacités, jour et nuit. Aujourd’hui encore, la curiosité intellectuelle est une caractéristique du frère prêcheur. En quelques décennies, plusieurs centaines d’établissements nouveaux fleurissent à travers l’Occident. L’Ordre a trouvé un équilibre entre les frères qui ont une charge pastorale, ceux qui accompagnent plus spécifiquement les malades ou les mourants et d’autres qui se consacrent davantage à l’étude. Une page sombre de l’histoire dominicaine Le pape Grégoire IX, se méfiant du manque d’efficacité pastorale des évêques, confie l’Inquisition dès sa création par la bulle Excommunicamus (1223) aux dominicains, deux ans après la mort du fondateur de l’Ordre. Dominique n’a pas participé à la croisade contre les Albigeois, préférant lutter par la prédication. Compte tenu de leur compétence théologique et de leur bonne image dans la société médiévale, le pape choisit de préférence dans les rangs des dominicains ses représentants pour en faire des juges de l’Inquisition. Pour se consacrer à leur nouvelle tâche, ils sont relevés de certaines des obligations que leur règle leur impose, comme celle de leur vie conventuelle. On a donc 'de facto' un certain relâchement dans le respect de la règle de saint Augustin que les dominicains suivaient.
Dominique décède peu après la fondation de l’Ordre, en 1221. Peu avant sa mort, il se retire de l’Ordre et est réélu malgré lui lors du chapitre de Bologne. Après la mort de Dominique, les choses se compliquent pour cet Ordre. De multiples facteurs rendent le XIV ème siècle difficile, jusqu’à ce le besoin de réformes se fasse sentir. Des personnes, comme Raymond de Capoue et comme Catherine de Sienne, vont s’atteler à réformer l’Ordre et la vie interne des couvents. Cette réforme consacrera le retour à une vie de prière, d’étude et une ouverture aux autres. De grandes figures comme Fra Angelico ou Antonin de Florence marqueront cette période de leur empreinte. Aujourd’hui, les dominicains dans le monde regroupent des frères, des moniales, des religieuses et des laïcs. En 2016, l'on dénombrait ainsi 6 000 frères, plus de 3 000 moniales contemplatives et cloîtrées, 25 000 religieuses et 150 000 fidèles laïcs.

Tendances